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Jeudi 14 avril 2005 4 14 /04 /Avr /2005 00:00

LE SECRET DE TIJON

                                                                             
  SOPHIE/1992

ESSAI

Note au lecteur :

Cher Ami, toi qui franchis le seuil de mon imagination à travers ce livre, ne te choques pas
C'est une oeuvre neuve, naïve et sans prétention
Viens avec moi dans mon délire et bonne route !
 
LE POUVOIR

Son regard bleu me fixait intensément. Il était mort, et bien mort...

Je me rappelais ces dernières semaines : Comme j'avais été heureuse avec lui.

Mais il avait tout gâché, comme les autres, et j'avais été obligée de le supprimer, comme les autres. Je le regardai et mes pensées m'emmenaient bien loin : Quel gâchis, un si bon amant ! Il me manquerait assurément. Je le contemplais pour la dernière fois.

Ses pieds étaient nus et l'on voyait ses orteils verts agités par moments des derniers soubresauts d'une vie qui ne voulait décidément pas partir ! Comme ces Garles avaient la vie bien chevillée au corps ! Les antennes situées au-dessus de son oeil commençaient à perdre de leur rigidité et menaçaient de pendre lamentablement sur son torse duveteux. Les Garles n'étaient déjà pas aidés par la nature, mais là, quelle laideur ! Le trou laissé par mon lasernium fumait encore.

Je devais trouver un autre Garle pour mes nuits blanches et agitées. Les humains étaient en effet trop intimidés par mon auguste personne pour me contenter vraiment. Les Garles étaient tellement habitués à m'obéir aveuglement que j'en faisais ce que bon me semblait. Mais, peut-être devrais-je couper la langue du prochain privilégié à partager ma royale couche pour l'empêcher de parler.

Les commérages de ces animaux m'étaient décidément insupportables. Quels bavards, ces fichus esclaves. Et il ne sied pas à la reine des Mondes Unis de frayer avec ces bêtes. Quel scandale j'avais évité en le supprimant avant qu'il ne répande des rumeurs sur mon compte dans le palais. Car il l'aurait fait tôt ou tard...

Je poussais le corps d'un dédaigneux coup de pied et sonnais mes gardes pour qu'ils l'emportent et le brûlent.

Hachim, mon conseiller personnel, arriva sur ces entrefaites. Il se courba, ainsi que le voulait l'étiquette et attendit patiemment mon bon vouloir.

Parle, Hachim.

- Majesté, le vaisseau de patrouille vient d'atterrir et le capitaine Zarle sollicite une audience d'urgence.

- Pourquoi ? Ne peut-il pas suivre la voie hiérarchique comme d'habitude ? répliquais-je du ton sec qui m'étais familier pour montrer mon impatience.
- Il dit que c'est urgent et ne veut en parler qu'à vous, ma Reine. Répondit-il en tremblant, conscient de provoquer une colère qui pourrait lui être fatale. Son menton flasque ressemblait à de la vieille gelée de coing. Son nez busqué se piqueta de points rouges.

- Et bien, soit, qu'il vienne, ce ver rampant. Mais dis-lui bien que l'on ne dérange pas la Reine en vain et que s'il abuse de mon précieux temps, il lui en cuira.

Le Capitaine Zoug se présenta quelques instants plus tard et je le soupçonnais d'avoir attendu derrière la porte de mon salon en piaffant d'impatience, maudissant l'étiquette qui l'obligeait à devoir patienter, malgré l'urgence de la situation.

Il n'osait me regarder. (S'il l'avait fait sans que je lui adresse la parole, il aurait été tué immédiatement par mes gardes).

Ayant jugé qu'il avait assez attendu, je lui intimais l'ordre de s'expliquer. Il s'effondra à mes pieds, face contre terre, et parla d'une voix précipitée :

- Majesté, Auguste Souveraine, pardonne cet affront mais le peuple des Garles se soulève !

- Ce n'est pas un peuple, ce sont de vulgaires animaux domestiqués pour être mes esclaves ! Le Royaume des Mondes Unis a conquis de haute lutte le droit d'exiger la plus stricte obéissance de ces bestiaux !

Un courroux me gagna et me donna des envies de battre l'intrigant qui osait me tenir tête ainsi, à moi, la Reine et surtout, m'obligeais à lui fournir des explications que tout le monde connaissait. Quel idiot !

- Reine Calmina, permettez-moi d'insister. Ils sont armés et ont déjà massacré les habitants de plusieurs villages au sud de Chameroy. Ils tuent les hommes, violent les femmes et égorgent les enfants.

- Que l'on envoie mes amazones puisque mon armée n'est bonne qu'à pleurnicher. Elles réduiront ces vermisseaux à l'état de chaire putride en un rien de temps ! Et toi Zoug, tu n'es qu'un incapable et tu m'alertes pour rien, où si peu. Que n'as-tu accomplis ce travail de déblayage toi-même !

Au moment où il allait protester, je lui assenais un coup de mon sceptre sur le crâne. Il s'effondra brutalement sur le tapis, inconscient.

Emmenez-le et donnez-le en pâture à mes amazones avant qu'elles ne partent pour cette mission de routine. Quand elles auront fini de jouer avec lui, que l'on donne son cadavre aux vautours !

Mes gardes se dépêchèrent d'exécuter mes ordres, redoutant les foudres de ma juste fureur.

Mes amazones sont de grandes enfants, elles aiment tellement s'amuser avec les hommes !

Ce sont des filles choisies dès l'enfance parmi les plus robustes des rejetons de mes sujets. Elles sont élevées comme des soldats par l'élite de mes guerriers, entraînées à l'art de la défense mais surtout de l'attaque. La pitié n'a aucune place dans leur cœur.
Je pensais que Zoug ferait une excellente cible d'entraînement avant leur raid contre les Garles. Et j'étais tranquille quant au charme de ce petit capitaine. Il ne troublerait pas ces demoiselles, qui préféraient de beaucoup la compagnie de leurs sœurs d'arme.
Un grand rire me secoua.

- Une révolte des Garles ! Quelle bêtise de s'affoler pour rien.

J'avais à ma disposition la plus formidable des armées et ces misérables insectes osaient me défier ! Mes amazones auraient tôt fait de les remettre à leur place, c'est à dire au rang d'esclave servile.

Je devais sûrement rêver ! Cela me fis penser que mon dernier amant n'était plus de ce monde et qu'il me fallait le remplacer. Avec tous ces petits tracas, j'avais perdu de vue l'objectif de ma journée. Je sondais ma mémoire pour essayer de distinguer un visage, où plutôt devrais-je dire un groin, parmi tous les esclaves de mon palais mais, décidément, ces animaux se ressemblaient tous. Le premier qui passerait ferait l'affaire. Ce n'était que des esclaves serviles, mais au lit, quelle vigueur et surtout quelle imagination !
 


L'EVASION


La pluie tombait avec violence sur les toits et je voyais de la fenêtre grillagée de ma geôle, la terre boire avec avidité ces mânes tombés du ciel. Une odeur de feuilles mouillées montait jusqu'à mes narines frémissantes et avides de senteurs du dehors.
Un voile de tristesse se posa sur mon cœur meurtri. Que de changements depuis deux mois.

Mon infatuée bêtise nous avait perdus, mon peuple et moi. Je me pensai invincible alors que je n'étais en fait que bouffie d'orgueil ; mon clan avait pâti de ma stupide vanité. Peut-être feu le Roi Max, mon père, ne m'avait-il pas assez appris à nous protéger. Il m'avait élevé dans un cocon, me passant tous mes caprices de princesse gâtée et me répétant sans cesse que nous étions des êtres supérieurs et invulnérables.

Depuis deux générations, rien n'était venu troubler la quiétude de notre souveraineté.

Nous avions assis notre puissance sur notre avantage technologique. Nous avions asservi les Garles très facilement. Ceux-ci étant très paisibles et surtout portés sur l'agriculture. Nous, notre spécialité était l'art de la guerre. Nous sommes un peuple belliqueux et nous avions pensé qu'en faire nos esclaves serait finalement mieux que le négoce que nous faisions jusqu'alors. Nos artisans fabriquaient des outils que nous échangions contre de la nourriture. La tentation avait été trop forte ! Mon grand-père, le Roi Thècle y avait perdu la vie mais y avait gagné la gloire pour la postérité.

Et, maintenant, j'étais enfermée dans cette même geôle qui avait vu mourir le roi des Garles. Quelle amère déception ! Que faire maintenant, sinon ruminer mon affliction et ma peine ?

Mon fidèle Hachim m'avait défendue jusqu'à la mort, quand les Garles du palais s'étaient révoltés.

Les gardes, surpris, n'avaient pas eu le temps de se défendre et s'étaient fait écraser sous la masse déferlante des esclaves en colère.

J'apprit plus tard par une indiscrétion de mes geôliers, qu'il en avait été ainsi dans tout mon Royaume. Mon Royaume ! Quelle désillusion !

Ce mot n'avait plus aucun sens. J'étais toujours Reine mais de quoi ? Sur quoi aurais-je pu régner maintenant ? Sur des ruines, des gens affamés, maltraités, des femmes déchirées, des enfants choqués et résignés. Etaient-ils seulement encore en vie ? Allait-on me permettre de sortir un jour de cette cage ?

On parlait de m'envoyer en exil sur Moon, le continent le plus éloigné du palais. De cet endroit je ne pourrais plus rien tenter ; je le savais. Il fallait trouver un moyen de joindre des sympathisants à ma cause et à celui du Royaume des Mondes Unis. Mais par quel biais et y avait-il encore des gens ayant envie de suivre une reine qui les avait mené tout droit au désastre ?

Je ne savais pas qu'il pouvait y avoir autant d'amertume dans le cœur d'une femme. Car je me rendais compte à présent que je n'étais qu'une faible femme sans mes gardes, mes amazones et mon autorité. C'était la première fois que je réfléchissais à ma condition féminine. Et je n'en devenais que plus humble et malheureuse. Ne plus être qu'une simple femme m'était intolérable. Je n'aurais l'esprit en repos que le jour ou je serais redevenue Reine.

Plus je réfléchissais et plus j'en venais à la conclusion qu'il me fallait absolument sortir d'ici et faire quelque chose, sinon j'allais devenir folle. Que n'avais-je écouté le jeune capitaine ? Le Garle qui me gardait arriva avec un quignon de pain sec, un morceau de lard et une cruche de vin - Mon habituel depuis mon incarcération - Les autres étaient invisibles. D'habitude, ils venaient me regarder comme une bête curieuse. Donc aujourd'hui, exceptionnellement, il était seul. Il me reluquait de son oeil unique, ses antennes s'agitant vers moi, virant au rouge. Je connaissais cette expression pour l'avoir vu sur mes amants, quand ils me désiraient.

Le Garle me voulait et rien ne pourrait m'en sauver. Plusieurs fois, déjà il avait abusé de moi et les autres n'avaient rien dit. Ils se contentaient de rire et de me dire de se souvenir de leurs nombreux camarades qui avaient dû subir ma couche, ma colère et leur mise à mort. Et ceci n'était qu'un juste retour des choses. Encore heureux qu'ils me laissent la vie sauve, mais pour combien de temps encore ?

Mon esprit analysait la situation à toute vitesse ; c'était l'occasion rêvée. Je fis semblant de me soumettre à ses désirs. Je m'approchais de lui, câline, et lui dis :

- Enfin, je t'attendais ! Toi seul, parmi les Garles qui m'ont servit d'amants jusqu'ici, peut me donner un si grand plaisir.

Il sembla surpris par mon comportement, et pour cause, car c'était la première fois que je manifestais un désir de faire l'amour. Il ne se méfiât plus et, dès qu'il eut le dos tourné, j'attrapais discrètement la cruche de vin et m'en servis comme d'une massue en lui en assenant un grand coup sur le crâne. J'étais très forte à ce petit jeu-là, comme avait pu le constater quelques mois auparavant le petit capitaine Zarle. La brute s'effondra comme une masse sur le sol de terre battue, assommée et sans connaissance pour un petit moment.

Je me faufilais dans les couloirs mal éclairés, surprise par ma petite victoire, et ayant eu soin préalablement d'enfermer le Garle dans ma cellule avant de partir.

Au détour d'un corridor, j'eus la surprise de voir dans un cachot, Maïfa, mon amazone préférée. Elle gisait sur un sordide bat-flanc, sa cellule encore plus salle que la mienne. Elle avait ses yeux verts grand ouverts sur un vide qui n'était connu que d'elle seule mais qui paraissait trop éloigné et profond pour le commun des mortels. Je l'appelais doucement et elle sembla sortir d'un mauvais rêve en sursautant. Ses pupilles dilatées redevinrent normales et son regard devînt moins fixe. Elle poussa un petit cri de bête malade :

- Ma reine, dans quel état êtes-vous ! (Puis semblant se souvenir des circonstances douloureuses où nous nous trouvions) : Par quel miracle êtes-vous là ?

- Chut, Maïfa. N'alertes pas les Garles et cherches plutôt avec moi un moyen de te sortir de ce trou à rats par une de tes ruses habituelles !

Elle me sourit et je vis enfin briller dans ses yeux une lueur d'espoir.

- Ma Reine, j'avais le moyen depuis le début de m'échapper, mais n'enavait pas le goût. Je croyais que vous étiez morte et m'en désespérais !

Elle sortit alors de son épaisse chevelure rousse une longue épingle à cheveux qu'elle portait toujours en cas de besoin. Sa formation de guerrière allait nous être utile. Elle enfila l'aiguille dans la serrure rebelle et tritura celle-ci jusqu'à ce qu'un déclic se fit enfin entendre...

Elle poussa la lourde porte et se jeta dans mes bras. Des larmes de bonheur perlaient à ses paupières. Elle se rejeta en arrière aussi brusquement et se mit à genoux.

- Pardonnez-moi ce mouvement impétueux, ma Reine, mais je suis si heureuse de vous revoir saine et sauve !

- Maïfa, relève-toi. Il n'y a plus de Reine. Il n'y a plus de sujet. Il n'y a plus que Calmina pour toi, ainsi que pour tous ceux qui voudront bien me suivre. Plus de cérémonies, plus de vouvoiement. Mais, pressons-nous de partir. Il nous faut chercher des vivres, des montures, des vêtements chauds pour pouvoir affronter les nombreuses difficultés qui nous attendent au dehors de ce palais. Car il nous faut leur échapper plus vite, si nous voulons survivre à ce cauchemar.

Telles deux ombres furtives, nous nous glissâmes dans les entrailles du palais. Ma parfaite connaissance des lieux était un atout de poids. Après un long cheminement prudent, nous atteignîmes ma chambre sans encombre. Les Garles étaient toujours aussi invisibles. Il fallait en profiter et se dépêcher avant d'en apercevoir un.

Quand nous poussâmes la porte, j'eus un haut de cœur. La pièce avait été saccagée. Mon regard effleura les lieux. Le lit, dont les draps avaient été lacérés et souillés, avait un pied brisé. Les fauteuils au ton délicat de camaïeux avaient été éventrés. Mon miroir en or massif ne refléterait jamais plus rien : il était en miettes et ses morceaux épars brillaient au soleil. Celui-ci venait d'effectuer une trouée dans les nuages gorgés de pluie, semblant me narguer.

Des traces de déjection étaient visibles sur mon tapis de soie précieuse. Le vent s'engouffrait par les carreaux cassés. Heureusement pour nous deux, les armoires avaient l'air à peu près intactes. Nous le vérifiâmes immédiatement en attrapant des vêtements chauds pour nous deux. Maïfa était sensiblement plus grande que moi, mais cela ferait quand même l'affaire. Je pris deux amples capes sombres qui nous envelopperaient de la tête aux pieds. Des bottes de cavaliers ainsi que des pantalons et des chandails compléteraient notre tenue. Nous nous changeâmes sur place, ôtant nos hardes crasseuses. Nous aurions eu également besoin d'un bon bain chacune mais le temps passait et il nous fallait parer au plus pressé. Le confort passerait en dernier, hélas. Aurions-nous d'ailleurs encore l'occasion de nous prélasser dans une eau chaude bienfaisante et parfumée ?

J'allais à une cache secrète située à la tête de mon lit et en sorti de l'argent et mon lasernium. Je fus contente à cet instant de posséder cet engin qui me redonnait le goût du défi et du combat. Pièce unique dans mon royaume, il avait été découvert au fond d'une grotte par un de mes sujets, qui me l'avait aussitôt rapporté. Au prix de nombreux accidents - beaucoup de mes esclaves avaient péri suite à mes maladresses répétées - j'en avais enfin appris le maniement, ne comprenant pas trop à l'époque, l'importance d'une telle découverte. Par qui et quand avait-il été fabriqué ? Y en avait-il d'autres sur la planète ? Encore un mystère qui restait entier.

Je fis le tour de la pièce du regard et une grande nostalgie m'enveloppa et me laissant paralysée de désespoir.

Maïfa me prit doucement le bras et me dit :

- Calmina, il faut nous hâter, les Garles vont bientôt s'apercevoir de notre disparition.

Je me secouais et la remerciais. Mon Dieu ! Reviendrais-je un jour ici, à nouveau Reine et libre ?
 
LA FUITE


Je respirai profondément.

- Il nous faut des vivres et des montures. Un engin serait trop visible. A partir de maintenant, nous sommes deux sœurs, des paysannes. Espérons que les humains peuvent circuler librement à l'extérieur...
Le silence était inhabituel. Pas un Garle à l'horizon. Que se passait-il ? Puis soudain, je me souvins.

- Maïfa, as-tu idée de la date d'aujourd'hui ?

- J'ai compté chaque jour de ma détention, nous sommes au second quartier de la neuvième lune.

Mon intuition était la bonne : nous étions le jour de la mort de leur roi, deux générations plus tôt. Cette date avait été dorénavant commémorée et leur roi fait martyr (malgré mon interdiction et mes sévères représailles). C'était pour eux un jour de deuil, la perte de leur liberté. Mais alors, maintenant, qu'en était-il ? Un jour de liesse ? Se préparait-il la plus monstrueuse des fêtes que mon royaume eut connues ? Cela expliquerait la désertion des Garles de leur poste.

- Maïfa, c'est le jour du Grou, aujourd'hui... Profitons-en. Ils doivent être occupés à faire des préparatifs pour célébrer leur Roi débile...

Après une moue de dégoût, Maïfa me dit :

- Ma Reine, permets-moi de te demander une faveur : II me faut une arme et enfin je revivrai totalement. Je sais où j'ai caché mon coutelas. Il est à deux pas. Pouvons-nous faire un détour ?

- Allons-y sans tarder. Une amazone sans arme est une reine sans royaume ! Pensais-je tout haut avec amertume.

L'arme était toujours à sa place. Un fort bel engin de mort, effilé et entretenu par Maïfa comme si cela avait été son bien le plus sacré, presque comme son enfant. Des fleurs étaient gravées sur la lame tranchante. Elle avait tenu à ce motif, me confiant un jour que les fleurs rouges étaient ses préférées... Quel raffinement dans sa cruauté...

Car elles ne devenaient rouges que par le sang de l'ennemi qu'elle venait de transpercer, d'un geste assuré.

- Passons maintenant par les offices. Il nous faut de l'eau et des vivres.

- Calmina, les cuisines vont grouiller de monde s'ils préparent une fête...

- Nous verrons bien. Pressons-nous !

Aux abords des cuisines, en effet nous entendîmes des bourdonnements de voix.

- Arrête-toi là, Calmina. Je vais en reconnaissance. Ta vie est plus précieuse que la mienne.

Avant que je n'ai pu protester, elle était déjà partie. Son absence ne dura que dix minutes. Elle revînt avec un sac plein de provisions et deux outres en peau de chèvre, spécialement conçues pour les déplacements à cheval. Une contenait du vin et l'autre de l'eau. Je remarquai son coutelas dont les fleurs étaient écarlates. Combien de victimes lui avait-elle donné en pâture ? Elle s'était redressée et affichait un sourire cruel. Elle renaissait enfin après un long temps de sommeil !

- Hâtons-nous, Calmina. Ils vont découvrir les cadavres et ce sera l'hallali général.

- Vite aux écuries.

Le chemin pour aller aux écuries était sans encombre. Juste un Garle que Maïfa eut tôt fait de maîtriser. Je choisis ma jument noire Féas et ma compagne de route prit son alezan Glace. Les bêtes secouèrent violemment la tête, heureuses de nous revoir et sentant enfin l'occasion de faire de l'exercice. Les pauvres n'avaient pas du sortir beaucoup depuis notre incarcération.

Seller les chevaux ne nous pris que quelques instants. Le plus dur restait à faire.

Nous lançâmes nos montures au grand galop dans la cour du palais. La grande porte était fermée. Mais le portillon sur le côté était resté ouvert. Nous nous baissâmes, ne faisant plus qu'une avec nos montures, et passâmes la porte dans un fracas du diable.
Libres, enfin, libres.

La boue volait de sous les sabots et nous avions l'air de sortir tout droit de l'enfer.

- Où allons-nous Calmina ?

- A Tijon, mon amie ! , Hurlais-je, sous la pluie battante.
 
LA CHEVAUCHEE


Au fur et à mesure de notre course folle, un flot d'énergie m'envahissait. Depuis bien longtemps je ne m'étais pas sentie aussi bien. La liberté, l'ivresse de la course, me ragaillardissaient.

Mon cœur battait à tout rompre.

J'étais de nouveau maîtresse de mon destin.

La pluie lavait mon corps et ma honte.

La destination de Tijon n'était pas une simple lubie. Premièrement, c'était sur le continent de Moon, très loin et deuxièmement, c'était là que l'on avait découvert mon lasernium. Qui sait ? Y en avait-il peut-être d'autres ? Nous chevauchions dans les bois, nous tenant à couvert. Il y avait peu d'engins volants, mais je pense que les Garles avaient dû en apprendre le maniement et qu'ils nous recherchaient par la voie des airs. Mais, ils devaient penser que nous partirions plutôt vers le sud, là où mes sujets étaient les plus nombreux. La région de Tijon était désertique et son abord était très difficile. Il allait nous falloir traverser une montagne aux neiges éternelles puis un bras de mer. Enfin, en abordant Moon, c'était presque l'inconnu que nous découvririons. Un pays légendaire où la magie était monnaie courante. Un peuple fait d'ermites et de sorcières. Jamais, je n'aurais pu y imposer ma loi. Non par crainte d'y perdre mes hommes mais surtout par respect des traditions. La gouvernante qui m'avait élevée, m'avait raconté un tas d'histoires fantastiques sur les gens qui peuplaient ce continent. De toutes les personnes qui s'y étaient aventurées, seul le guerrier qui m'avait rapporté mon arme en était revenu, mais il était complètement terrorisé et rien n'avait pu sortir de ses lèvres à jamais closes, car il était devenu muet d'épouvante !

J'allais un peu au devant de ma jeunesse perdue et des légendes de mon enfance.

Je sentais ma compagne frissonnante et je présumais que cela n'était pas dû à la pluie, mais plutôt à ma décision. Cette femme était entraînée à combattre la réalité et non des chimères. Elle devait penser que je devenais folle et gardait un silence réprobateur.

Nous avions parcouru environ une trentaine de kilomètres à un train d'enfer. Les chevaux renâclaient, l'écume de leurs naseaux volant à chaque rebond. Il leur fallait du repos. La robe de Glace luisait de sueur.

Je donnais le signal de notre première étape. Maïfa sembla enfin se dérider.

- Calmina. Tout ceci n'est que folie. Nous n'allons pas à Moon, n'est-ce pas ?

- Mais si, amie. Si tu as confiance en moi ma fidèle amazone, ce dont je ne doute pas un instant, descend de ton cheval et ne pose pas de questions auxquelles je ne peux d'ailleurs pas répondre.

- Bien ma Reine. Soupira-t-elle, résignée.


Nous mîmes pied à terre, dessellâmes les chevaux, cherchant un endroit pour passer convenablement la nuit. La pluie avait cessé mais le sol était détrempé. Les chevaux tremblaient et s'ébrouaient. Féas se roula par terre et Glace trouva un buisson pour manger. Je les rattrapais par la bride et les emmenais vers un endroit plus sûr. Maïfa s'était chargé des bâts et me suivait en jetant des coups d'œil prudent aux alentours.

Nous arrivâmes bientôt en vue d'une caverne. L'endroit était parfait. Il était caché du chemin par un épais taillis. Elle était profonde, permettant ainsi aux chevaux d'être avec nous. Je cherchais de l'herbe et des branches pour leur nourriture. Un filet d'eau coulait au bord de la grotte.

Maïfa pris son coutelas dans sa main, et avec une grâce féline, se coula jusqu'au fond de la grotte, cherchant un éventuel danger.

Elle débusqua un renard, qu'elle tua avec une sûreté du geste qui me laissa pantoise. Elle aimait tuer. Il suffisait de voir ses yeux briller pour s'en rendre compte.

Nous nous installâmes tant bien que mal. L'animal allait composer notre repas du soir. Il fallait économiser nos provisions. Maïfa le dépouilla et gratta sa fourrure. Au cas ou ! C'était une femme pratique. Mais nous allions devoir manger la bête crue. Faire du feu eut été une folie. La fumée montait et elle pourrait nous trahir.

Je n'avais jamais goûté de viande crue mais j'étais affamée. Le régime de ses deux derniers mois n'avait pas été de celui auquel on m'avait habituée. Alors, celui-ci ferait bien l'affaire ! Je mordis dans la chair encore chaude et je faillis vomir. Mais au bout de deux gorgées, le sang me fit du bien. Je surveillais Maïfa pour suivre son repas et vis qu'elle déchirait les morceaux de cadavre avec avidité. Avait-elle, elle aussi, souffert de la faim ? Sûrement plus que moi.

Nous mangions en silence. Seul le halètement des chevaux épuisés et l'ululement des oiseaux de nuit perturbaient la sérénité du lieu. Maïfa dodelinait de la tête et je faisais de même. Le sommeil allait bientôt nous gagner. Mais, mon amie se redressa d'un coup :

- Calmina, je vais assurer le premier tour de garde. Je te réveillerais quand la lune sera haute. Il ne faut pas relâcher notre attention sous prétexte que nous sommes dans une grotte, hors de vue de qui que ce soit.

Je n'eu pas la force de protester et m'endormis la tête sur la selle de Féas. Mon sommeil était de plomb et aucun cauchemar ne vînt troubler mon repos, contrairement aux longs moments ou j'avais été emprisonnée. Mes nuits d'alors étaient perturbées par d'horribles rêves qui me laissaient en nage et échevelée au petit matin.

Maïfa me secoua au milieu de la nuit, pour que je prenne mon tour de garde. Rien de spécial ne s'était passé durant mon sommeil. Je commençais ma veille. Les murmures de l'obscurité ne me faisaient pas peur. Je comptais sur les chevaux pour m'avertir d'un quelconque danger. Ces animaux ont une ouïe si fine que je pouvais leur faire confiance. Je sortis et vis les étoiles briller. Je savais que pour moi la liberté aurait désormais un goût amer car il me faudrait lutter à chaque instant pour recouvrir notre liberté et notre sérénité perdues.

Je respirais à pleins poumons et me penchais pour boire l'eau fraîche du ruisseau.

Soudain un bruit me fit sursauter. Je regardais les deux animaux, qui n'avaient pas bougé, et en conclus que mon imagination me jouait des tours.

Mais je vis alors deux yeux briller à l'endroit où nous avions laissé les restes du renard. Je m'approchais prudemment et un grondement sourd m'avertit de ne plus remuer. Je me figeais sur place, sortant doucement mon lasernium. Je scrutais l'obscurité et finis par découvrir un énorme chien, une bête à demi sauvage, sans nul doute rendue folle par la faim, qui me fixait tout en dévorant avidement les reliefs de notre maigre repas.

Je me mis alors à chantonner doucement une berceuse qui me venait du plus profond de mon enfance. Le grand chien, attentif, tourna sa tête pour mieux m'écouter, lâchant sa pitance. Je m'approchais doucement. Il me laissa faire, semblant sous le charme de la chansonnette. J'avançais à pas précautionneux, une main tendue bien à plat, paume levée vers son museau, afin qu'il puisse sentir mon odeur. Puis, le voyant plus calme, je m'aventurai à poser alors ma main sur son crâne, tout doucement ; il gémit.

- Ami, tout doux, bon chien. Murmurais-je.

La bête se laissa faire, me lécha rapidement la main et reprit tranquillement son repas, tout en me surveillant quand même du coin de l'œil.

Maïfa se releva brusquement, le coutelas à la main. Le chien gronda.

- Chut, Maïfa. Nous venons de nous faire un puissant allié. Je te présente mon nouvel ami, que je viens de baptiser Molosse. Cela lui va comme un gant, ne trouves-tu pas ? S'il veut bien nous suivre se sera un précieux appui.

Molosse leva la tête, délaissant son festin et vint renifler Maïfa sous toutes les coutures. Ce qu'il sentit lui plu apparemment et il sembla l'accepter. Il partit se coucher avec un profond soupir et ne s'occupa plus de nous.

- Maïfa, s'il reste, nous n'aurons plus besoin de monter la garde à l'avenir. Pour cette nuit, je vais quand même veiller, au cas où il partirait sans demander son reste. C'est une bénédiction que les dieux nous envoient, car nous allons avoir besoin de toutes nos forces et de notre lucidité pour la suite de notre épopée. Recouche-toi maintenant et dors tranquille.

Je repris ma surveillance, scrutant le ciel, cherchant à y déchiffrer un message ; mais le firmament garde bien ses secrets. Une étoile filante éclaira fugitivement un morceau de la nuit et je crus y décerner un heureux présage.

Molosse vint se poster à mes côtés. Son pelage luisait d'un roux fauve sous la mince clarté du croissant de lune. Je posai ma main sur sa tête massive et le grattais à la naissance des oreilles. Il eut l'air d'apprécier ma caresse et se coucha, le mufle contre mes jambes, en soupirant d'aise.

Sa respiration tranquille eut un effet lénifiant sur moi.

Je me réveillais en sursaut au petit jour. Mon dieu, j'avais faillis à mon devoir ! J'appelais Maïfa qui fut debout aussitôt et j'allais lui raconter mon inconscience quand Molosse se mit à gronder. Son poil se hérissa tout le long de son épine dorsale. Un grand froid me saisit. Maïfa bondit, attentive.

Au loin, nous entendîmes un bourdonnement. Un appareil de patrouille...

Nous avait-il repérées ?

Molosse me regarda et gémit ; il bondit et alla droit au fond de la caverne, poussant un bref aboiement.

- Je pense que nous ferions mieux de le suivre. Je m'occupe de rassembler nos affaires ; selle les chevaux. Vite !

Molosse tournait en rond, impatient. Ses muscles roulaient sous son pelage ras. Il avait une beauté sauvage et il émanait de lui une puissance contenue que j'admirais tout en me hâtant. Le vrombissement s'intensifiait, commençant à paniquer les chevaux.
Le chien nous mena droit à un amas de rocs entassés les uns sur les autres. Contournant ces éboulis, nous pûmes passer avec les chevaux les uns derrière les autres. Il y avait là un passage que l'on ne pouvait deviner qu'en utilisant ce chemin. Maïfa baissa la tête, honteuse.

- Calmina, j'ai pourtant fait le tour hier soir, mais je n'avais pas vu ce passage. Je mérite une sanction.

- Premièrement, amie, ce n'est pas le moment et deuxièmement, j'ai moi aussi commis une erreur cette nuit : Je me suis endormie au lieu de veiller. Rien ne nous est arrivé pour l'instant, aussi ne faut-il pas épiloguer sur ces bévues. Si Molosse reste avec nous, nous n'aurons plus à nous faire de soucis pour ce genre de chose.

Tout en parlant, nous continuâmes d'avancer. Le passage était sombre et les embûches nous faisaient glisser sans arrêt, nous forçant à la plus grande prudence. Il n'était pas question de se casser un membre, cela aurait été catastrophique ! Les chevaux étaient de plus en plus agité et nous devions sans cesse flatter leur encolure pour les calmer ; mais Molosse continuait à aller de l'avant, trottant de l'une à l'autre, comme pour nous pousser à aller plus vite quand nous ralentissions. Au bout d'un long moment, nous émergeâmes à l'air libre. Le soleil était déjà haut. Nous avions traversé la colline entièrement. Quel instinct avait cet animal !

Une clairière s'étendait devant nous. Nous étions complètement désorientées. Allions-nous nous perdre maintenant, au bout d'une journée de marche seulement.

La faim se faisait sentir.

Nous tendîmes l'oreille. Pas de vrombissement.

- Calmina, trouvons un endroit abrité et mangeons. La route sera longue. Il nous faut également nous repérer par rapport au soleil. Nous ne devons pas perdre de temps, puisque ton désir est d'aller sur cette île maléfique, autant que cela soit dans les plus brefs délais. Je t'ai promis de ne poser de questions. Aussi me tairais-je. Mais tu dois savoir que Tijon me fait peur. Eh oui, moi ; La guerrière, l'amazone, j'ai enfin trouvé quelque chose que je ne peux affronter sans une grande crainte.

- Sois en paix, Maïfa. Tu as raison, mais donne-moi ta confiance. Mangeons, car nous ne nous arrêterons plus avant ce soir.

Le discours de Maïfa avait été long, ce qui prouvait vraiment son angoisse. Elle n'était pas d'habitude si prolixe.

Nous déjeunâmes de galettes de son. Un peu de vin nous réconforta. Quant à Molosse, il avait dans sa gueule une cuisse du renard qu'il avait emporté avec lui. Elle était déjà copieusement rongée et le pauvre ne devait pas avoir calmé sa faim quand nous repartîmes.

- Je pense que les Garles ne nous recherchent pas par ici car leur survol n'a pas été très poussé.

- Tu vois Maïfa, j'avais raison.

- Quelle tête ils doivent faire ! Déjà qu'ils ne sont pas bien beaux comme ça !

Maïfa riait à gorge déployée et Glace semblait danser en suivant le rythme de son rire argentin qui coulait en cascade. Ils formaient un charmant spectacle tous les deux. Je me surpris à aimer leur beauté et leur grâce. J'avais bien changé en deux mois. Moi qui n'avais été que cruauté, mépris et dédain. Où était cette reine féroce que rien n'arrêtait pour satisfaire un caprice ? Pas même la mort. (Mais des autres cela va sans dire !) Je me dégoûtais. Un voile était tombé de mes yeux et je voyais la réalité dans toute son horreur. Comment avait-on pu me supporter ? Que devait penser de moi mes fidèles amazones ? Je pris soudain conscience qu'elles étaient à mon image et que c'est pour ça qu'elles m'aimaient. J'étais maintenant un papillon sorti de ma chrysalide mais j'avais encore à coté de moi une chenille ; c'était à moi de la transformer. Et il me faudrait du temps et de la patience.

Toute à mes réflexions, je ne prenais pas garde au chemin sinueux, laissant Molosse et Maïfa me guider. Car chose étrange, Molosse semblait savoir où nous allions. Il courait d'un pied sûre (ou devrais-je dire d'une patte sûre !) sans hésiter un seul instant. Quel chien bizarre !

Nous chevauchâmes jusqu'à ce que le soleil décline. Le froid commençait à se faire sentir et le terrain devenait de plus en plus vallonné. Heureusement pour nous, la pluie ne s'était pas mêlée de nos affaires, aujourd'hui.

Les chevaux étaient las et Molosse traînait la patte. Pas question pour ce soir de trouver une caverne. Il n'y avait que des bois aux alentours.

Depuis deux jours que nous nous étions éloignés du palais, nous n'avions pas rencontré âme qui vive. Je me souvins alors d'un village à quelques kilomètres de là. Mais quel accueil recevrions-nous, si nous poussions jusque-là ? Les Garles seraient-ils présents ? Les villageois circulaient-ils librement ? Qu'en serait-il après deux mois d'occupation ?

Tout à mes pensées moroses, je guidai ma troupe vers l'abri dont nous avions besoin pour la nuit. Nous rabattîmes nos capuches de façon à nous cacher le visage. Maïfa n'était pas connue mais mon portrait était sur toutes les pièces de monnaie du Royaume. Je cachais également l'anneau que je portais au doigt et qui était l'insigne de ma royauté : un lion ailé écrasant, de sa patte griffue, un dragon.

A l'entrée du village : tout était calme, trop calme même. Pas un frémissement, pas une lumière, pas une cheminée qui fume. Nous descendîmes de cheval et marchâmes à pas comptés, en essayant de faire le moins de bruit possible. Molosse reniflait partout et son poil se hérissait au fur et à mesure que les effluves parvenaient à ses narines dilatées.

N'ayant pas perçu de vie dans les alentours proches, nous mîmes les chevaux dans l'écurie la plus proche. Il y avait encore du foin et de l'eau. Après les avoir dessellés, nous les bouchonnâmes. Molosse montait la garde à l'entrée. Quand les chevaux furent prêts pour la nuit, nous quittâmes ce havre de sécurité et partîmes en éclaireurs. La nuit était descendue et nous en profitâmes.

A pas de loup, nous fîmes le tour du village.

Personne. Pas même un animal oublié. Les maisons étaient intactes mais vides, semblant attendre le retour de leurs occupants.

Tranquillisées, mais inquiètes quand même quant au sort des habitants de ces lieux, nous nous installâmes près de l'écurie où étaient parquées nos montures. La maison que nous avions choisie était spacieuse. Des vivres étaient encore consommables dans le garde-manger. Nous nous restaurâmes et Molosse ne fut pas oublié. Nous fîmes un feu dans la grande cheminée située dans la salle centrale qui devait servir de pièce à vivre. Heureusement pour nous, le bois était prêt dans le cellier. Pourquoi prendre la précaution de ne pas se réchauffer quand le monde entier semblait avoir déserté la planète ?

Nos membres fourbus par la chevauchée se détendaient avec la chaleur. La nourriture et le vin nous rendaient somnolentes. Molosse se coucha à mes pieds, tranquille.

Une question me brûlait les lèvres depuis notre départ précipité :

- Maïfa, que s'est-il passé le jour du soulèvement des esclaves ? Comment t'en es-tu tirée ?

- Ma Reine, ce jour-là, personne ne se méfiait. Les amazones vaquaient à leurs occupations rituelles ; La chasse le matin, qui se passa sans incident notable. L'après-midi, exercice de combat en corps à corps, comme d'habitude. Quand un Garle est venu de ta part nous porter une jarre d'hydromel, nous avons ri de cette aubaine. Un peu de détente nous ferait beaucoup de bien. J'étais dehors en train de régler les derniers détails pour t'accompagner le lendemain rendre visite à tes fermiers. Souviens-toi, tu devais encaisser tes fermages. J'étais seule en train de vérifier l'itinéraire à suivre. Mes sœurs m'appelèrent et je leur répondis que j'arriverai cinq minutes plus tard. Quand je rentrais dans la salle d'armement, toutes mes compagnes étaient à terre, terrassées, je pense, par un terrible poison versé dans le breuvage apporté par le Garle. Toutes mortes ! Et, moi, bien vivante! J'ai sorti ma dague et j'ai attendu l'ennemi invisible. Des pensées tournoyaient dans ma tête. Qui ? Toi ? Impossible, je ne pouvais croire à une telle trahison de ta part. Alors, j'ai couru à la salle du trône pour te prévenir. Le combat y faisait rage. J'ai vu Hachim mourir, une lance fichée dans sa poitrine. Mais de toi, nulle trace. Et j'ai vu aussi, chose incroyable, ces misérables Garles achever tous les gardes royaux. Une boucherie, une tuerie sans égale. J'ai chargé et je me suis jetée dans la mêlée, me battant comme une louve enragée. Mais j'ai succombé sous le nombre. J'ai été blessée à la cuisse ; puis plus rien, un grand trou noir. Je pense que j'ai été assommée par-derrière. Les lâches ! Et quand, enfin, je suis revenue à moi je me suis retrouvée dans cette prison d'où tu es venue me délivrer. Par la fenêtre, j'ai vu un immense brasier. Tous nos morts y brûlaient. Et dieu sait s'il y en avait ! Le feu ne s'est éteint qu'au bout de trois jours. Et les Garles dansaient autour. Quel cauchemar ! As-tu vu ce foyer de ta cellule ?

Je secouais la tête négativement. J'imaginais les scènes d'horreur dont mon palais avait été le témoin silencieux. Je me recueillais, peinée par tous nos morts. La gorge serrée, j'étais incapable de proférer le moindre son.

- Ils ne m'ont pas soignée, à peine nourrie, poursuivit-elle et je me demande aujourd'hui encore pourquoi ils ne m'ont pas achevée. J'ai appelé la mort à mille reprises. Mais aujourd'hui je remercie l'entité divine de m'avoir laissé la vie. Dans mon cœur, mes sœurs crient vengeance. Et je souffre d'aller dans cette direction car je ne peux pas égorger les responsables de leur massacre ! Oh ! Calmina ! Sonne le rassemblement de tes fidèles au plus vite. Il me faut le sang de nos ennemis. Mes fleurs ont besoin de revivre sur mon coutelas ! Et mes sœurs crient vengeance.

Epuisée par ce long discours et par les souvenirs si douloureux qu'elle venait de raviver, elle reprit un peu de vin afin de se redonner un peu de souffle. La flamme du feu jouait dans ses longs cheveux roux, y jetant des éclairs cuivrés. Elle était terriblement belle.  J'étais légèrement ivre.

- Maïfa, montre-moi ta blessure. Il faut que je voie si tu as encore besoin de soins.

Elle se leva et commença lentement à se déshabiller. Son corps était souple. Il me troublait plus qu'il n'aurait du. Je devais avoir un regard bouleversé car elle sourit et se mit complètement nue, en me fixant de ses grands yeux verts si lumineux.
Sa plaie était cicatrisée et avait laissé une longue balafre qui partait du haut de sa cuisse jusqu'au genou. J'approchais mes doigts de sa blessure. Je la caressais doucement, prenant conscience de sa légère boursouflure. Alors, un vent de folie me saisit, m'envoûta, me transporta ! Je me penchais et embrassais sa jambe, lentement à petits baisers doux. Elle prit ma tête dans ses mains et s'offrit, n'attendant apparemment que cela. Mes cheveux blonds lui effleuraient les seins. Elle ferma les yeux, soumise. Une onde de plaisir nous parcourut et nous frissonnâmes toutes les deux avec un ensemble parfait. Elle me dénuda. Je me laissais faire. Je n'avais jamais goûté aux plaisirs de Sapho. Mais les circonstances exigeaient une réaction à l'horreur vécue depuis deux mois. Elle était là. J'étais là. Nous étions emportées par le même désespoir.

Le temps coula comme du miel, les minutes étaient des heures. Le feu dans la cheminée crépitait. Les inhibitions étaient levées. L'impudeur même de Maïfa était une sorte de pudeur - Paradoxe - Emotions - Plaisirs - Impulsions - Folies - Fougue - Joie - La foudre aurait pu tomber à cet instant, nous ne l'aurions pas entendue. Nous roulions dans un océan de volupté. Sa sensualité me transportait. Jamais je n'avais connu une telle jouissance avec mes amants. Ses doigts habiles jouaient avec mon corps comme avec un instrument de musique. Je me sentais vibrer jusqu'au tréfonds de mon être. J'apprenais vite et je lui donnais autant de caresses que j'en recevais. Et soudain, le feu, la lave, l'explosion, puis l'assouvissement bienfaiteur.

Nous haletions, épuisées, sur le grand tapis. Des senteurs acres montaient de nos corps repus. Nous redescendîmes doucement sur terre. Je la regardais encore une fois, splendide dans sa nudité offerte et me levais, les jambes tremblantes.

Dans un coin de la pièce, un baquet rempli d'eau me tendait les bras. Je m'y glissais. L'eau était froide, mais bienvenue. Un bien être sans pareil s'était emparé de moi. Ma douce amie m'y suivit et rentra dans la grande bassine avec moi. Nous nous lavâmes l'une l'autre, nous éclaboussant, riant comme deux folles, un peu gênées d'avoir fait l'amour ensemble, elle par respect envers moi et moi par nouveauté.

Nous nous séchâmes au grand feu, tandis que Molosse nous suivait d'un regard bienveillant.

Nous décidâmes, d'un commun accord, d'aller nous coucher, notre joute amoureuse ayant finit de nous épuiser totalement. Dans la maison, un grand nombre de chambres nous tendait les bras ; nous n'avions que l'embarras du choix. Mais la préférence revint à une grande chambre où il n'y avait qu'un seul grand lit. C'est bien sur celui là que nous choisîmes. Dans les armoires, nous trouvâmes des chemises de nuit rugueuses. Nous nous endormîmes en nous tenant par la main toute gêne enfin dissipée, ne restant entre nous que le souvenir de ce moment privilégié. Nous dormîmes jusque vers midi.

Molosse était en train de tourner en rond dans la grande salle. Il me lança un regard mauvais. Jaloux Molosse ? Allons ! J'avançais ma main et le flattais. Nous fîmes la paix tout de suite. Dans l'armoire, je trouvais des vêtements de rechange. Maïfa et moi en fîmes un ballot auquel nous rajoutâmes des provisions de bouche. Maïfa trouva également un arc et un carquois rempli de flèches. Nous mangeâmes d'un grand appétit un frugal repas que nous partageâmes avec notre chien.

Il était temps de partir. Nous avions encore du chemin à parcourir. La montagne se trouvait à deux jours de cheval.

- Allons y. Et que la grande Déesse de la Chasse nous accompagne !

Les chevaux étaient frais et dispos. Ils hennirent à notre approche, impatients de se dégourdir les jambes. Ce jour-ci fut monotone, des arbres, des arbres, pas d'êtres humains. Le soir, nous nous arrêtâmes dans un autre village. Toujours le même désert. Un grand froid me saisit: Où étaient-ils ? Pas de survivant ? Mon peuple ! Des larmes roulèrent sur mes joues. Maïfa me descendit de ma jument et me porta presque jusque dans une petite maison. Elle fit du feu et me laissa devant la cheminée, grelottante.

Elle partit s'occuper de nos montures. Le temps me semblait long. J'avais honte de ma faiblesse. Je me secouais et fis le tour de la maison. C'était la même chose qu'au village précédent. Le temps était comme suspendu. Quand Maïfa rentra, j'avais trouvé des vivres et j'avais préparé le dîner. Nous mangeâmes en silence, perdues dans nos pensées moroses.

Nous allâmes nous coucher et nous fîmes l'amour sauvagement, désespérément, pour oublier ce grand vide que nous ressentions pareillement elle et moi. Quand je m'endormis enfin, la nuit se remplit de cauchemars atroces ou il n'était question que de mes amis disparus. Je tombais dans un gouffre sans fond, la terre s'ouvrait au fur et à mesure de ma chute. J'entendais leur cri de suppliciés. Ils m'appelaient. Ils me reprochaient leurs souffrances. J'atterrissais alors dans un monde fantasmagorique. Les visages de mes gardes grimaçaient, déformés par mille tortures. Et un Garle s'approchait de moi en me disant "c'est à ton tour, maintenant, Reine maudite. Viens régner sur ton peuple de cadavres ! Nous t'avons épargné jusqu'à maintenant pour que tu puisses goûter aux joies des tourments que tu nous as infligé pendant deux siècles. Reine Calmina, ton heure est venue et la notre aussi. " II éclatait alors d'un rire sardonique en me fichant sa lance dans le bras, me clouant au mur. Je me réveillais en hurlant. Maïfa me prit dans ses bras et me réconforta par sa chaleur et sa vitalité. J'étais en nage, plus fatiguée en m'éveillant qu'en m'endormant, harassée par ce terrible rêve.

- Mangeons et partons ! Il nous faut rejoindre la montagne ce soir même. L'hiver approche à grands pas. Il faut arriver avant la neige. Peut-être, enfin, trouverons-nous des hommes, des femmes. Comme les cris de joie des enfants me manquent !

J'avais parlé un peu brusquement mal remise de mon songe qui me semblait prophétique.

- A tes ordres ma Reine ! Fut la réplique assez sèche de Maïfa.

Je la regardais, surprise, puis fus secouée d'un fou rire. Comme elle était susceptible ! Elle partit seller les chevaux, vexée. Je pris le temps de brosser mes longs cheveux blonds et de les natter.

Après tout, que m'importais la longueur du voyage, si ce n'était pour ne rien trouver au bout... Les Garles étaient invisibles. Je les bénis d'avoir épargné Maïfa. Au moins elle était là, avec moi. Je me sentais si perdue sans la présence de mes sujets.

- Les chevaux sont prêts, Calmina.

- Merci, Maïfa. Allons nous restaurer avant de partir. La route sera encore longue aujourd'hui. Et la Grande Déesse, seule, sait ce que nous trouverons en cours de route.

Le repas avalé, nous reprîmes notre quête de l'impossible.
 
UN COMPAGNON


A la fin du jour, nous arrivâmes au pied de la montagne. Une cabane de bûcherons nous abrita pour la nuit. Pas un bruit, comme d'habitude. Nous en perdîmes notre prudence. Un feu d'enfer nous réchauffa. Nous nous endormîmes sur un matelas de crins à même le sol. La nuit fut calme. Maïfa sortit au petit jour pour chasser. Elle voulait tester son nouvel arc trouvé dans le premier village que nous avions traversé. Molosse resta avec moi.

Au bout d'une heure, elle n'était toujours pas revenue. Une heure encore et je commençais à m'inquiéter sérieusement. Molosse grondait, j'ouvris alors la porte. Il s'élança dehors comme un fauve en chasse. Je le suivis avec beaucoup de difficultés. Il courrait comme s'il avait le diable à ses trousses. Je le perdis de vue. Je m'égratignais aux ronces. Les branches me giflaient le visage.

Tout à coup, j'entendis un aboiement puis un gémissement. Je me dirigeais à l'oreille. Soudain, Molosse fut là ; il était tombé dans un piège à ours. La fosse faisait environ deux mètres de profondeur et mon ami essayait en vain de sauter. Je tentais de le calmer. Il n'avait pas l'air d'avoir de blessures. Il fallait absolument que je retrouve Maïfa. Cela devenait vital pour nous. Seule, je ne pourrai le sortir. Je lui parlai et lui assura que j'allais revenir avec du secours pour le tirer de là. Il sembla comprendre et se coucha, ayant arrêté de gémir, confiant.

Je continuais dans la direction prise par le chien. Le sol était de plus en plus incliné. La montée était rude. J'arrivais sur une plate-forme et là, le spectacle qui s'offrait à ma vue, me clouât sur place. Je restais muette de stupeur. Maïfa était bien là, mais dans quel état ! Elle était ligotée à un arbre et bâillonnée. Je sortais mon lasernium de ma ceinture. J'avançais à pas prudents. Elle m'avait vu et essayait de me dire quelque chose. Je ne comprenais pas. L'oreille aux aguets, j'arrivais à l'arbre. Je reçus un coup sur la nuque qui m'étourdit.

Quand je retrouvais mes esprits, mon lasernium avait disparu et j'étais entravée au pied de Maïfa.

- Alors vous êtes deux. Ou bien, c'est un convoi que m'envoient ces misérables Garles ! Vous allez parler toutes les deux, je vous le jure !

Celui qui proférait ces paroles était debout devant moi. Un géant aux cheveux bruns hirsutes. Il portait une barbe et ses vêtements (ainsi que lui d'ailleurs) auraient bien besoin d'un bon savonnage.

Tout à coup, il semble me reconnaître :

- Reine Calmina ! Que tous les dieux des enfers m'emportent ! La responsable de mon isolement et de ma folie ! Je te hais ! Vois où tu nous as menés. Je me cache comme un rat dans cette maudite forêt. Je te crache dessus.

Et il le fit !

- Moi, reine Calmina, Souveraine des Mondes Unis, je t'ordonne de nous relâcher et te prosterner à mes pieds comme il se doit !

- Ah ! Ah ! Tu m'ordonnes, toi. Je ne trouve pas de mot pour te dire mon mépris. Tu sais ce que j'en pense de ta maudite étiquette ?

Il riait. Il riait.

- Appelle tes gardes ou tes amazones...

Je me rendis compte de ma conduite imbécile. Alors, j'essayais la franchise.

- Etranger, qui que tu sois, écoute-moi avec attention. Je suis responsable de tous les maux dont vous souffrez, mon peuple et toi. Je me suis enfui pour rassembler une armée et reconquérir mon royaume. Il faut éliminer les Garles. Maïfa, que tu as vaincu, est la meilleure de mes amazones et en est la seule survivante. Comment t'y es-tu pris pour l'attraper ? Tu dois être un surhomme. Peu de gens sont capables d'un tel exploit. Si tu hais les Garles autant que nous, relâche-nous et sois des nôtres.

Il réfléchissait à toute vitesse. Ses yeux étaient plissés. Pendant mon discours, il avait cessé de rire.

- Soit, mais qui me dit que cela n'est pas une ruse et que tu ne nous as pas vendues aux Garles ?

- Crois-tu que la reine voyagerait ainsi, dans le plus grand dénuement, s'il en était ainsi ?

Cet argument sembla le convaincre car il était connu que j'aimais mon confort et que je ne voyageais qu'en engin volant et avec une grande escorte.

Il me relâcha d'abord, mais continua à me surveiller du coin de l'œil, méfiant, tout en se dirigeant vers une Maïfa que je sentais ivre de rage. Je me tins tranquille pour lui montrer la véracité de mes dires.

Il délia alors Maïfa. Il en était à son bâillon, quand elle lui sauta dessus. Une amazone ne se laisse pas vaincre. Ou elle meurt ou c'est son adversaire qui meurt.

L'Homme l'avait délestée de son coutelas avant de la ligoter. Aussi, c'est à mains nues qu'elle combattit. La mêlée fut sauvage et brève. Il était deux fois plus lourd qu'elle. Malgré son entraînement au corps à corps et ses ruses de femme, elle fut de nouveau à terre. Il l'écrasait de tout son poids. Je les regardais faire et ne disais rien. Il fallait que l'abcès crève. Maïfa était trop fière pour reconnaître une défaite. Surtout venant d'un homme. Elle avait appris à les mépriser depuis sa plus tendre enfance. (Si peu que son enfance fut tendre d'ailleurs).

Mais les faits étaient là. Elle avait trouvé son maître. Pour l'achever tout à fait et la soumettre, il l'embrassa. Elle le mordit et se débattit. Mais il recommença. Puis le corps de Maïfa se détendit. C'était la première fois qu'un homme l'embrassait. Son baiser était rude, violent. Elle semblait de plus en plus l'apprécier. Etait-ce une ruse ? Je me méfiais des réactions de mon amie. En amour, elle n'était que douleur et l'initiative venait toujours d'elle.

Mais, lui, pressait ses seins rudement tout en continuant son baiser. Il la lâcha enfin. Elle se releva, humble et soumise. Cet homme l'avait, par deux fois, terrassée. Elle avait trouvé son maître. Elle s'essuya la bouche méditative. Ses mains allèrent sur sa poitrine. Puis elle le regarda en face, alla vers lui et lui rendit son baiser. Elle en profita pour le frapper au plexus, dernier acte de rébellion. Il lui attrapa le poignet et le lui tordit :

- Maïfa, puisque tel est ton nom, n'oublie jamais. Ne recommence plus. La vie est brève, il faut lutter pour survivre. Je m'associe avec vous. Mais tu ne dois jamais me frapper en traître. Jamais, sinon je te tue.

Et elle sut qu'il disait vrai. Je m'interposais alors.

- Maïfa, vite, il faut délivrer Molosse. Il est tombé dans un piège à ours. Si l'on ne veut pas qu'il ne devienne enragé, il faut se hâter !

- Qui c'est celui-là ? Encore un de vos complices ? Dit l'Homme d'un ton ombrageux.

- Mais non, c'est notre chien. Répliqua Maïfa, mutine et heureuse déjouer un bon tour à celui qui l'avait vaincu.

- Ah ! Alors je vais vous aider. Attendez-moi deux petites secondes. Ne te sauves surtout pas Maïfa, nous avons encore beaucoup de choses à nous dire tous les deux !

Et le géant, plongeant dans la forêt, ramena un cheval.

- Allons-y. Dit-il.

En chemin, il nous dit s'appeler Abrial.

Nous arrivâmes assez vite à la fosse, où Molosse y tournait comme un fauve en cage. En nous voyant, il poussa un bref jappement. Il s'assit et attendit, confiant.

Abrial avait des cordes avec lui. Il en noua un bout autour de sa taille et l'autre au pommeau de sa selle. Il descendit dans le piège, attrapa le chien (ce qui ne se fit pas sans mal) et d'un claquement de langue et d'un bref "en arrière, Dixi ! " Se retrouva en deux temps, trois mouvements sur la terre ferme. Le chien sauta de ses bras et vînt me lécher la main.

- Molosse, je te présente Abrial. C'est un ami.

Le chien, qui avait déjà fait connaissance avec ses bras noueux, ne lui accordât qu'un bref regard. Mais sa queue remua de façon fort convaincante : Abrial était accepté. Lorsque nous arrivâmes, les chevaux étaient toujours là, fort heureusement. Quand Abrial attacha Dixi à côté de Glace, il y eut un moment de panique. Les deux chevaux étaient des étalons et une jument était là. Ah, la conquête de l'autre, toujours et encore ! Les bêtes se jaugèrent. Mais le moment de la lutte n'était pas venu. Ils se calmèrent et nous pûmes les laisser sans crainte.

Nous mangeâmes rapidement une partie de nos provisions. Nous étions trois maintenant et Abrial n'avait pas un appétit d'oiseau. Ses cent kilos de muscles et de chair réclamaient autre chose que l'air du temps. Jusqu'ici l'approvisionnement avait été facile. Espérons qu'il en serait toujours de même.

A suivre .........

Par Sophie - Publié dans : lasophie
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