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Suite 2 ...
Nous les regardons partir, la fougueuse amazone et le géant débonnaire. Qui aurait cru que deux être aussi dissemblables pouvaient s'entendre aussi bien ?
Je laisse filtrer une pensée à l'intention des espions de Thausus.
- J'ai envie de revoir la mer. Comme elle me manque !
- J'espère que Thausus va ainsi m'autoriser à quitter l'enceinte de la cité pour que je puisse fouiller les parages à loisirs !
Sanri apparaît peu après et me dit :
- Thausus désire te voir, Calmina. Il souhaite que tu le rejoignes sans délai dans ses appartements.
Je fais un rapide clin d'il à Piotr et je suis Sanri jusqu'au cur de la Cité. La pensée de la mer ne me quitte pas. Pourvu que cela marche !
- Thausus, je te salue ! Que me vaux l'honneur de ta demande ? (La mer, la mer pensais-je)
- Calmina, bienvenue dans ma demeure. Je suis là pour exaucer ton vu le plus cher : j'ai cru entendre dans ton esprit que tu voulais voir la mer. Quoi de plus simple ! Je vais t'accompagner en hélicoptère et nous allons pouvoir passer un bon moment ensemble. J'ai fait préparer un repas, nous allons pique-niquer sur la plage. Est-ce que cela te conviens ? "
Partir avec lui n'était pas dans mes visées. Mais tant pis, je n'ai pas le choix.
- C'est avec plaisir que j'accepte ton invitation. La présence de mes compagnons me pèse parfois. Passer la journée avec toi me fera le plus grand bien.
Je joue la carte de la séduction. Je ne courre aucun risque à parler comme ça à un vieillard ! Peut-être arriverais-je à lui soutirer des informations. Je laisse passer dans mes pensées des ondes de satisfactions. Comme il est facile de le berner ! Ah ! Ah !
- Roi Thausus, il faudra que Sanri prévienne mes amis afin qu'ils ne s'inquiètent pas.
La pensée de passer la journée avec ce vieux barbon ne m'enchante pas trop, mais enfin, à la guerre comme à la guerre...
LE PIQUE NIQUE
Durant le trajet je commence mon interrogatoire sans en avoir l'air, tout en laissant filtrer des ondes d'amitié et d'admiration.
Thausus, je me posais une question au sujet des Garles : Pourquoi ne sont-ils pas restés dans les villages après le massacre des Humais ? Je ne les ai vus qu'au Palais. A moins qu'ils ne soient partis vers le sud ?
Il y a une bonne raison pour cela. Des espions leur ont promis de leur apprendre à manier les hélicoptères et de leur dire où se trouvaient des réserves de carburant que vous n'aviez pas encore trouvées. Tu le sais, ils étaient un petit nombre, quatre cents au maximum. Et les dix hélicos étaient une aubaine pour eux. La tâche de mes hommes était de les rassembler au palais pour mieux les contrôler. C'est comme ça que j'ai su qu'ils t'avaient fait prisonnière. Nous leur avons suggéré de ne pas t'achever, ni Maïfa, afin de garder des traces de leur grande victoire. Tu t'es évadée au bon moment, car ils étaient en pleine formation et n'avaient pas eu le temps de s'occuper réellement de vous deux. Ils étaient en train de construire une habitation spéciale pour vous. Mais avec quelques pièges en plus de ce que j'avais prévu. Ils voulaient savoir si vous étiez vraiment plus intelligentes qu'eux, ou bien si ce n'était qu'une légende.
Je frémis à cette pensée.
Je connais bien les Garles et je sais que nous leur sommes supérieurs. Ils n'auraient pas pu supporter cette idée et nous serions sûrement mortes à l'heure actuelle ! De toute façon, je ne les aurais pas laissé faire, car il était dans mes desseins que tu fasses partie de mes sujets. Et j'obtiens toujours ce que je veux !
Vieil homme fat ! La colère monte en moi. Mais je dois me maîtriser.
- Oui, mon Roi. Tu nous as vaincus et nous nous inclinons devant ta puissance.
Ces mots ont du mal à sortir de ma gorge. J'ai plutôt envie de lui sauter dessus pour le punir de son insolence. Du calme, du calme. Contrôles-toi, Calmina.
- Mais Thausus, ils sont toujours au Palais, alors ?
- Disons que mon plan était de récupérer sans trop de mal les hélicos. Alors, ils sont victimes " d'accidents malheureux " qui les éliminent tous au fur et à mesure que le temps passe. Une explosion par-ci, un empoisonnement par-là, un virus de l'autre côté. Bref, aujourd'hui il ne doit rester qu'une dizaine de Garles encore vivants au palais. Une broutille, quoi.
Cet homme est vraiment diaboliquement fou !
Prêt à tout pour assouvir ses désirs. J'aurais vraiment du plaisir à le tuer ! Mais pour le moment je suis sur la plage avec lui et je dois continuer mes recherches.
- Vous n'avez donc pas beaucoup d'hélicos ? Demandais-je innocemment.
- Cinq, mais nous avons également deux avions qui nous sont précieux ; Ils ont une grande autonomie de vol. Tandis qu'avec les hélicos, on ne peut voler que trois heures, avec les avions on peut aller jusqu'à 10 heures sans se ravitailler. Et en plus ils vont deux fois plus vite !
Hum, très intéressant. Cet inconvénient ne m'avait jamais permis d'aller très loin dans mon royaume. Mais là, quelle perspective ! Peut-être pourrions-nous atteindre d'autres continents. Je pousse plus loin mes investigations :
- Je ne les ai jamais vus. De quoi ont-ils l'air ? Sont-ils plus beaux que les hélicos ?
- Ah ! Curiosité bien féminine ! Ils n'ont pas d'hélices et sont plus effilés. De plus on peut transporter une vingtaine de personnes à l'intérieur.
- Tant que ça ! Comme j'aimerais en voir un. Cela doit être très intéressant. Sont-ils loin d'ici ? Oh ! Thausus, je t'en prie, je ne t'ai jamais rien demandé jusqu'ici, fais-moi ce petit plaisir !
- Bien, si tu veux. Après notre légère collation, nous irons.
Je savoure intensément ce moment de victoire sur lui. Il se croit invincible grâce à ses pouvoirs. Mais, il est si facile à manipuler que s'en est presque vexant.
La "légère collation" comme il l'appelle est en fait un repas pantagruélique. Pour deux personnes, en fait nous aurions pu en nourrir au moins dix...
- C'est succulent, mon roi. Mais je n'ai plus faim du tout... Allons, cher Thausus, il est temps de tenir ta promesse !
- Bien, impatiente femelle ! Allons-y !
En chemin, je continue mes questions.
- Que vont devenir les Garles restants ?
- Eh bien, sache que mes espions sont toujours sur place et qu'ils ont prit les choses en main au palais ! Car ces Garles sont en fait incapables de se gouverner seuls. Et d'autant plus, maintenant qu'ils sont à moitié décimés. Ils n'ont pas été créés pour être indépendants. D'ailleurs, je ne comprends pas qu'ils n'aient pas été asservis plus tôt par vous, les Humains.
- Je pense avant toutes choses que nous n'étions pas encore prêts. Quand mon grand- père à découvert les hélicos, les humains se sont réveillés d'un long sommeil. Le fait d'avoir appris seuls à les utiliser a du nous donner confiance. Nous étions alors mûrs pour de nouvelles conquêtes.
Nous arrivons en vue d'une immense grotte. Elle est cachée par un épais rideau de végétation. Thausus appuie sur un bouton situé sur la paroi externe de la grotte. Alors le rideau se lève et la lumière jaillit. C'est en fait un hangar. Les avions sont là ! Quel spectacle ! Ils sont beaux. Profilés comme des oiseaux. Leur nez pointu donne une impression de puissance. Pas d'hélice. Leur fuselage est bleuté et la lumière leur donne des reflets de poissons jouant dans l'eau.
- Puis-je monter dedans ?
- Soit, mais ne touches à rien !
Je prends place aux commandes de l'appareil. Son nom est inscrit sur le tableau de bord. Je le grave dans ma tête pour pouvoir plus tard compulser les divers manuels à la bibliothèque. Si j'arrive à apprendre par hypnose à le faire voler, nous serons sauvés.
La joie que je ressens en ce moment n'est pas feinte et Thausus s'en rend compte.
- Cela me comble d'aise de voir qu'une journée passée avec moi te ravisse à ce point !
Imbécile, pensai-je.
- Monarque bien-aimé, tu es notre guide, à nous pauvres humains aveugles. Ton contact nous est bienfaisant. Nous apprenons la sagesse à tes côtés ! (Allons ma fille, n'en fait pas trop, tu vas éveiller ses soupçons)
Mais non, Thausus sourit. Sa vanité est flattée. Il me fait redescendre en me tenant quelques secondes de trop dans ses bras. Son contact me révulse mais je lui tends mes lèvres qu'il s'empresse de baiser voracement. J'ai un mouvement brusque de recul.
- Thausus, je ne puis trahir Piotr !
- Calmina, quand tu auras dépassé ce sentiment périmé, tu viendras me voir. Je serai patient. Sache que ma porte te sera toujours ouverte !
Il me lâche à regret. Enfin libre ! Beurk ! Je me donnerai des gifles si je le pouvais. Mais je laisse passer une pensée d'infidélité qui paraît le ravir. Il est sûr de lui et de son charme. Vieil idiot ! Comment peut-il croire qu'il pourrait, ne serait ce qu'une seule seconde supplanter mon Piotr dans mon cur !
Je pousse un profond soupir de dégoût qu'il prend pour du regret :
- Il me faut rejoindre mes compagnons maintenant. La nuit va bientôt tomber. Au fait ; comment sors-tu les avions de cet endroit ?
Il me montre un tableau mural et enfonce un interrupteur ; le plafond coulisse alors. Il m'explique :
- Ce sont des avions à décollage vertical comme les hélicos. Les réacteurs que tu vois là peuvent se mettre en position verticale ou horizontale, grâce à une manette située dans la cabine de pilotage. La poussée en décollage verticale est si forte que nous ne devons laisser personne dans le hangar à ce moment là sous peine de le voir soufflé et projeté contre les parois de la grotte !
Tout en parlant, nous nous dirigeons au fond de la grotte. Il ouvre une porte et nous nous retrouvons dans Tijon. Cette partie de la cité m'est complètement inconnue. J'étudie avec soin le parcours. Décidément, je n'ai vraiment pas perdu mon temps aujourd'hui. Entre temps, il a actionné la commande de fermeture de la grotte et du plafond. Il me raccompagne jusqu'à mes appartements. A la porte, il me retient un instant et son regard semble pénétrer au fond de moi. Alors pour la première fois, je l'entends me parler dans ma tête :
- A bientôt, petite Reine et n'oublie pas, ma porte est ouverte pour toi et mon corps t'attend avec impatience. Laisses pénétrer cette idée en toi et tu verras, tu seras bientôt à moi.
J'ai du mal à contrôler ma pensée, à cet instant. C'est comme s'il m'avait violée ! Sa "voix " a laissé une empreinte indélébile dans mon cerveau. C'est une impression horrible. Alors je me mets à penser qu'avec un homme que l'on aime ce genre d'expérience doit être merveilleuse. L'ouverture de l'esprit, sans taire quoi que ce soit doit donner de la force à l'amour. Tout ce que l'on n'ose se dire, par pudeur ou par fierté est enfin dévoilé. Et découvrir l'autre de l'intérieur aussi bien que de l'extérieur doit être exaltant ! L'union devient fusion ! C'est avec ces pensées que je pénètre dans le salon commun, un sourire sur mes lèvres.
Mes compagnons sont tous là, attentifs.
Piotr, voyant mon visage détendu, se trompe :
- La journée s'est bien passée à ce que je vois ! Tu n'as pas l'air de t'être ennuyée, bien au contraire !
J'éclate de rire ; ce qu'il est drôle quand il est jaloux !
- Je t'expliquerai ce soir pourquoi j'ai l'air ravi ! En attendant, vous avez eu toute la journée pour collecter ce que je vous ai demandé. Qu'en à moi, la moisson a été bonne. Dînons, vous m'expliquerez tout cela en mangeant.
REFLEXIONS
- La soirée a été très instructive, mon cher Piotr. Je suis fatiguée et demain sera une journée très longue. Dormons tout de suite.
- Mina, je suis trop énervé pour m'endormir. Toutes ses informations que nous avons collectées sur les humains sont trop déprimantes. Notre peuple est-il vraiment ainsi ? Barbare, conquérant, destructeur, n'ayant aucune pitié ni pour les autres ni pour l'environnement ? Les Teleps avaient peut-être raison en voulant nous détruire !
- Piotr, je suis aussi bouleversée que toi, mais n'oublie jamais que j'étais comme eux avant toute cette aventure et que seules les circonstances d'obligation de survie m'ont faites changer. Tout ce passé n'est pas si loin que cela. Allez, viens te coucher ! dis-je en tapotant la place à côté de moi.
L'aube pointe et je n'ai toujours pas trouvé le sommeil. Les guerres, les massacres, les catastrophes écologiques qu'ont provoqué nos ancêtres sont là pour m'en empêcher. Les peuples mourant de faim pendant que d'autres s'engraissaient sur leur dos. L'histoire est un éternel recommencement. Notre continent a été miraculeusement épargné de la folie des hommes ! Les autres n'ont pas eu cette chance. Il ne doit pas rester grand chose, peut-être que des déserts brûlés. Je réfléchis et je me dis que la pollution des mers et des rivières a dû réussir à s'estomper depuis la dernière guerre mondiale car j'ai toujours connu l'eau pure et transparente. Donc, aux vues des documents que nous avons pu trouver, il doit s'être écoulé au moins un million d'années depuis cette catastrophe. Cet entêtement à détruire la nature m'épouvante : toutes ces centrales nucléaires que les hommes ne savaient pas contrôler. Combien de morts ont-elles provoqué ? Tous ces sous-marins atomiques, tous ces déchets radioactifs abandonnés au fond des océans et qui ont détruit la faune et la flore !
Et ces soi-disant grands hommes : Les Rois, Napoléon, Hitler, le check Ben Ali, la Reine Moussia, le sinistre Bull, tous ces gens qui sous prétexte de religion ou d'idéologie ont massacré les autres. Quelle intolérance !
Plus jamais, plus jamais ! Thausus a raison : nous sommes une race maudite. Je le sens au plus profond de moi. J'ai les mêmes pulsions ! N'avais-je pas envisagé, cet après-midi de le tuer !
Il doit bien y avoir une solution. Piotr a le sommeil agité à mes côtés. Je le prends dans mes bras et fini enfin par m'engloutir dans un profond sommeil sans rêve.
LA DECISION
La réunion de ce matin a été houleuse, chacun donnant son avis sur la race humaine, sur notre façon de sortir d'ici. L'enthousiasme a été général, par contre, quand j'ai raconté ma rencontre avec les avions. L'espoir est là, maintenant, au fond de nos curs. Quand je leur ai fait part de mes réflexions au sujet de la probable dégénérescence de notre race et de l'obligation d'emmener avec nous, quatre Teleps, ils ont été fous de rage ! Pas question de nous encombrer avec l'ennemi ! Maïfa m'a fait d'ailleurs justement remarquer que notre quête des autres continents nous ferait certainement rencontrer d'autres humains. Et apparemment les expériences génétiques n'ont eu lieu qu'en Europe. Pas de trace dans la bibliothèque d'autres manipulations dans d'autres pays. Les Teleps ne doivent pas pouvoir lire dans les esprits si loin.
Grâce aux cartes subtilisées, nous pourrons tracer un itinéraire provisoire. Nous nous sommes mis d'accord pour nous diriger vers le continent africain. Ce sera notre première escale. Il nous faut trouver un moyen pour le ravitaillement des avions. J'ai envoyé mes compagnons se documenter sur leurs consommations et surtout voir s'il y avait des cours accélérés pour la manipulation de ces engins. Mes amis commençaient à s'ennuyer et la perspective d'une évasion proche leur rend leur vigueur et leur entrain naturel. J'espère qu'ils pensent bien à camoufler leurs pensées ! Si Thausus a le moindre soupçon, s'en est fini de nous et de nos projets d'évasion !
Pour ma part, j'essaie d'établir un plan d'action cohérent mais ma tête est comme rouillée. Trop de temps sans donner d'ordre, sans bouger et surtout je m'en rends compte, trop d'amour. J'ai toujours gouverné sans pitié et sans sentiment pour les autres. Que m'importais la perte de la vie des autres alors ! Maintenant, mes compagnons me sont devenus chers et notre avenir dépend de nos quatre vies. Chacun de nous à sa place et le manque de l'un d'entre nous serait une catastrophe. Mais je n'ai pas le choix ; Ou nous partons, ou nous restons à jamais ici enfermés dans le zoo personnel de Thausus ! Quelle déchéance ! Non, je ne peux pas l'accepter. Il nous faut reconquérir notre liberté, quel qu'en soit le prix.
Mes pensées commencent à se clarifier dans mon esprit. Un plan se fait jour dans ma tête : pour avoir accès aux avions, il va nous falloir créer une diversion de l'autre côté du complexe.
Le mieux serait le feu. Mais comment provoquer un feu quand tout est construit à base de matériaux ignifuges ? Un court-circuit, peut-être ? Mais les installations électriques sont ne sont pas visibles. Il faut que je me procure un plan de cette cité. J'y vais sur-le-champ. Marcher me fera d'ailleurs le plus grand bien ! Il nous faut également trouver des armes et de la nourriture. Voilà qui va nous occuper encore quelque temps ici !
Je rejoins mes amis dans la bibliothèque. A ma grande surprise, Abrial est sous un casque hypnotique. Je m'informe et Piotr me dit qu'il est en train d'apprendre à piloter un avion. Maïfa et lui y sont déjà passé. Mon tour ne saurait tarder. Enfin, nous bougeons !
Nous savons maintenant que chaque action entreprise est un pas vers la liberté ! Abrial retire le casque, se secoue la tête et déclare :
- Voilà Calmina, je suis paré à décoller. Ce simulateur de vol est génial. Je me sens l'âme d'un pilote.
- Quel enthousiasme, cher ami ! Modère-toi et cache bien tes pensées.
J'imagine notre ours tenant "le manche à balai" dans ses grosses mains. Maïfa doit avoir la même vision que moi car un sourire apparaît au même moment sur notre visage. J'évite alors de la regarder pour ne pas éclater de rire. Le pauvre serait vexé !
- A ton tour, maintenant.
Je me glisse sur le siège et pose le heaume sur ma tête. J'enclenche la manette et me voici en liaison avec une voix d'homme qui m'enseigne l'art de manier ces gros appareils. Puis me voici en train de décoller, de virevolter, de faire des vrilles, des piqués et enfin d'atterrir. Quelle sensation ! Je comprends Abrial, car je n'ai qu'une envie en sortant de là : c'est d'aller tester mes connaissances toutes neuves.
Piotr a sous les yeux tous les renseignements techniques concernant l'avion. A notre grand bonheur, il a une consommation très faible car son énergie est atomique. Par contre, le stockage des piles spéciales est malaisé et nécessite une manipulation délicate. Il faudra sûrement trouver d'autres moyens de locomotion une fois arrivé à notre première étape.
- Abrial, peux-tu regarder si tu trouves un plan des installations de la cité ?
- Oui, Calmina. Il me semble avoir déjà vu cela quelque part. Ah, voilà, c'est là.
Toutes les informations dont nous avons besoin sont là.
- Au travail mes amis, car il nous faut trouver un moyen de détourner l'attention des Teleps quand nous irons nous emparer des " zincs ".
- Eh, Calmina, tu emploies le jargon des pilotes maintenant ! On voit que tu as reçu 5 sur 5 l'enseignement hypnotique !
- Roger, Piotr !
Le rire qui nous secoue à ce moment-là tient plus de la délivrance de nos tensions accumulées depuis des mois que de la vraie joie. La vraie joie sera sûrement pour plus tard quand nous serons loin de cet enfer paradisiaque.
Quand je retrouve enfin mon souffle, je leur dis :
- Il me faut également récupérer mon lasernium que Thausus m'a confisqué à notre arrivée à Tijon.
Piotr baisse la tête et me demande :
- Comment compte-tu t'y prendre ?
J'ai bien une petite idée mais je préfère ne rien lui en dire. Comment lui annoncer, en effet, que je compte me rendre chez le Roi, dans ses appartements, pour lui reprendre mon bien et que je devrais sûrement user de mon charme féminin pour arriver à mes fins.
- Je verrais cela quand l'occasion s'en présentera. Ne t'inquiètes pas et regardons plutôt ce document sur Tijon, éludais-je.
Il me regarde longuement, semblant sonder mon âme mais mon statut de Reine m'a donné une carapace qu'il est difficile de percer quand je le veux. Ainsi rasséréné par mon air calme, se penche-t-il avec les autres sur les conduites d'aération et de climatisation de la ville, tranquillisé et en toute confiance.
- Regardez. Nous sommes ici et le hangar aux avions est là.
Mes compagnons, attentifs, mémorisent les moindres détails de l'itinéraire à suivre. Aucun faux pas ne nous sera permis.
- Le hangar n'est pas fermé à clé car les Teleps ont tellement confiance en leur pouvoir de lire dans les esprits qu'ils se croient à l'abri de ce genre de choses.
Maïfa place sa main devant sa bouche et se met à pouffer comme une gamine:
- Comme ils sont faciles à berner ! S'esclaffe-t-elle.
A ce moment-là, Molosse fait son entrée dans la salle.
- Vite, cachez ces plans : Thausus ne doit pas être loin.
Chacun de nous se sépare et se dirige vers un ouvrage de la bibliothèque. Maïfa plie les plans et les glisse rapidement dans un traité de physique qu'elle se met à compulser attentivement. Thausus fait alors son apparition.
- Tiens, vous êtes tous là ! Cela tombe bien. Justement je venais vous invitera une petite fête que nous donnons ce soir en l'honneur de mon anniversaire. Je compte bien vous y voir tous. Et surtout toi, douce amie, ajoute-t-il en me faisant un clin d'il complice.
Piotr a du mal à se contenir et cela semble beaucoup amuser notre hôte forcé.
- Je vous ai fait apporter des tenues dans vos appartements respectifs.
- Merci, noble vieillard, répliquais-je en insistant sur le "vieillard". Je parle au nom de mes compagnons et c'est avec grand plaisir que nous assisterons à ces divertissements qui nous ferons le plus grand bien.
Thausus incline la tête, siffle Molosse, qui s'était couché à mes pieds et sort dignement.
- Compagnons, nous n'avons même pas à chercher une diversion ! Ce bal sera l'occasion rêvée. Nous aviserons une fois sur place. Je gage que nous saurons profiter de la situation.
L'approche de notre évasion nous fouaille les entrailles.
- Allons voir ses fameux vêtements !
Maïfa semble rajeunie et la voilà même qui s'intéresse à la coquetterie maintenant ! Nous courons plus que nous marchons vers nos appartements.
Notre allégresse nous donne des ailes. Ainsi ce soir sera LE GRAND SOIR. Je sens que les quelques heures qui nous séparent de cette fête vont nous paraître bien longues...
Il va s'en rappeler longtemps de son anniversaire ce vieux barbon. Tant pis, je n'aurai sûrement pas l'occasion de récupérer mon lasernium et les provisions vont nous faire défaut. Mais l'important n'est-il pas de sortir d'ici avant tout ?
Les vêtements qu'il nous a apportés sont assez originaux et mettent en valeur nos formes féminines : Une tunique échancrée laissant entrevoir la naissance de nos seins, un fuseau accompagné d'une paire de bottes confortables. Maïfa a une tenue verte et la mienne est noire. Le tissu en est brillant et soyeux. Qu'en à nos hommes, les tuniques et pantalons sont gris. Je dois dire que nous avons fière allure. Mais je pense surtout que pour une évasion c'est là l'idéal : pas de gêne, un confort certain et une grande aisance de mouvement. Thausus aurait voulu nous servir qu'il n'eut pu mieux trouver.
Maïfa et moi sommes occupées à nous coiffer quand elle me dit à brûle pourpoint :
- Quel cadeau allons nous apporter à ce géronte ?
J'éclate de rire.
- Il sera sûrement empoisonné car le vieux ne s'attend pas à notre rébellion !
Que rire nous fait du bien !
Le jour s'étire lentement. Le soir arrive enfin, nous trouvant surexcités.
Sanri vient enfin nous chercher et nous mène solennellement à la salle de réception.
Tous les Teleps sont réunis et Thausus trône majestueusement dans un immense fauteuil de velours rouge sombre. Sa fatuité me met mal à l'aise. A notre entrée, il frappe des mains et tous les Teleps nous entourent.
LA REBELLION
- Bienvenue, mes chers prisonniers, dit-il en insistant sur prisonnier.
C'est la première fois qu'il nous traite ainsi, je m'en rends compte maintenant.
- Cette fête est en fait un piège. Mes chers amis, croyiez-vous pouvoir tromper les télépathes que nous nous sommes avec votre petit écran de fumée intellectuel ?
A ce moment-là, la salle est secouée d'un grand rire. Tous les Teleps se gaussent de nous.
- Vous pensiez nous berner, reprend-il, mais nous avons suivi vos projets avec grand intérêt, pour voir jusqu'où vous pourriez aller. Chère Reine de pacotille, te voir t'engluer dans ma toile d'araignée de jour en jour fût un régal pour nous tous. Vous nous avez bien distraits, petits singes. Maintenant, il est l'heure de payer et nous allons vous enfermer à vie dans des cages, comme vous le méritez, comme les animaux savants que vous êtes !
- Thausus, répliquais-je, pourquoi tant de haine ? Laisse-nous partir. A quoi te sers de nous garder prisonniers ? Quel mal pourrions nous te faire une fois partis d'ici ?
Aucun, sûrement, ma chère. Je contrôle tout et je suis trop puissant pour toi et ta poignée de sujets. Mais il me sied de vous garder dans ma cité afin que nous tous puissions vous voir et constater votre déchéance !
Maïfa, rapide comme l'éclair se jette alors sur lui et ayant attrapé une bouteille au passage sur un buffet, la casse se retrouvant avec une arme dangereuse et coupante qu'elle applique sur le cou du Roi.
- Tu bouges et tu es mort, sale rat. Vous aussi, fieffés crétins, vous remuez le petit doigt et je lui tranche la gorge. Et vous qui savez tout, lisez bien dans mon esprit et voyez que je ne plaisante pas !
La consternation est à son comble dans la salle. Ces pantins trop sûrs d'eux n'agissent jamais à l'instinct comme mon amazone et ils n'ont pas su réagir à temps car l'action est un réflexe chez elle. Ma féline est trop rapide pour eux.
Ce revirement de situation remet de la couleur aux joues d'Abrial. Il se précipite pour porter main forte à Maïfa et ligote le Roi avec sa ceinture ; sa compagne tenant toujours le tesson de bouteille sur la gorge du Roi.
- Nous allons emmener Thausus jusqu'aux avions. Ecartez-vous et laissez nous passer ! Crachais-je.
Le silence est pesant. Le cercle des Teleps se rompt et nous sortons en traînant Thausus. Je contrôle alors parfaitement la situation.
- En passant, cher " ami ", articulais-je, nous allons récupérer mon lasernium.
Sitôt dit, sitôt fait. Notre victoire éclair nous enivre. Le hangar est là. Enfin, notre liberté est à porter de nos mains. C'est trop facile.
Le moment le plus dangereux arrive car il nous faut partir avec les deux avions pour ne pas nous faire suivre et risquer de nous faire abattre par l'autre engin. Piotr prend alors Thausus et mon lasernium et nous jette :
- Vite, Maïfa et Abrial dans le premier avion, Mina, monte dans l'autre, je vous couvre, vite !
Je saute aux commandes et mets en marche les réacteurs. Par le hublot, j'essaie de voir l'action du dehors mais je ne distingue rien de plafond ! Il faut l'ouvrir !
- Piotr ! Ordonne aux Teleps d'actionner la commande d'ouverture du hangar.
Ma surprise est grande quand je vois Piotr faire monter le Roi avec nous. Allons, pas le temps de bavarder. Je fais décoller le zinc et vois que mes compagnons me suivent. Bien. Jusqu'ici pas de pépin majeur de notre côté. Le vol s'annonce bien, le temps est clair.
C'est alors que je constate sur l'écran radar que le deuxième appareil fait demi-tour et lâche une bombe sur la cité ! Puis une deuxième et encore une troisième. Je me souviens alors que nous avons une radio et j'actionne la manette de communication.
- Maïfa, Abrial ! Que se passe-t-il ? A vous !
- Abrial a été blessé. Il perd son sang, Calmina, il faut se poser rapidement pour le soigner. Je leur ai fait payer cher. Si jamais il meurt, je tue Thausus lentement de mes propres mains !
Sa rage se sent à sa voix. Son ton est tendu, violent. Je me retourne et je constate que Thausus a perdu toute sa superbe. Son peuple vient d'être assassiné sous ses yeux. Piotr me confirme alors :
- Effectivement, au moment de monter, un Teleps a sorti son arme et a tiré sur nos compagnons !
- Maïfa, j'aperçois les côtes. Nous atterrirons dans le village de Piotr. A vous !
- Roger ! Calmina. J'ai hâte d'étriper ce vieux débris !
- Calme-toi, ma chérie et pense plutôt à sauver Abrial d'abord.
La descente fut rapide. Quel engin extraordinaire. Nous nous posons sans encombre.
- Piotr, surveille bien notre otage, qu'il ne tente pas l'impossible et souviens-toi surtout qu'il lit dans tes pensées.
Je cours alors à l'autre appareil pour aider l'amazone à faire sortir son compagnon.
L'état de celui ci n'est guère encourageant. Il a reçu un projectile dans le dos et sa tunique est imbibée de sang. Il est encore conscient et nous dit qu'il va falloir retirer la balle de son corps. Sa voix est mourante et sa respiration sifflante.
L'urgence de la situation me fait pour un temps oublier le geste vengeur de Maïfa. Le sortir de là fut très difficile, chacun de nos gestes arrachant une plainte au blessé.
- Il y a une charrette à bras dans ma maison, me crie Piotr.
Maïfa vole chez lui et ne tarde pas à ramener un tombereau où nous chargeons tant bien que mal notre ami geignant. Vite Maïfa. Pars devant et prépares des chiffons. Fais bouillir l'eau et taches de trouver un couteau effilé.
- Mon coutelas fera très bien l'affaire, Calmina. Je vais le chauffer à blanc pour désinfecter la lame.
Piotr me suit en poussant un Thausus blanc comme un linge.
Nous arrivons enfin à la maison de Piotr. Je me charge de Thausus en le ligotant sur une chaise. Ainsi nous pourrons agir plus rapidement et sans le souci de sa garde.
Nous allongeons notre ami sur le ventre et j'entreprends de découper ses vêtements. La plaie apparaît et elle n'est pas belle. Le pauvre a perdu connaissance et c'est aussi bien comme ça. Maïfa n'a pas perdu son temps et tout est déjà prêt.
Piotr me prend par les mains, me regarde droit dans les yeux et me dit :
- Son sort est entre tes mains, Mina, et quoiqu'il arrive, nous sommes là pour t'épauler. S'il arrivait un malheur, nous saurons que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir. Je t'aime.
Et il me dépose un baiser sur mes lèvres sèches. Son petit discours m'a encouragé.
Maïfa hoche la tête, me signifiant ainsi sa totale confiance. Je m'approche alors d'Abrial, après m'être lavée les mains et commence à laver la plaie. Le cur me manque à plusieurs reprises mais je sais que mes trois compagnons comptent sur moi me pousse au-delà de mes limites. La sueur roule dans mon dos. J'attrape le coutelas de Maïfa et l'enfonce dans le trou béant à la recherche du projectile. Abrial sort alors de son inconscience et se met à crier. La panique me prend ! S'il bouge, je vais peut-être atteindre des organes vitaux !
Thausus prend alors la parole :
- Je peux l'aider à vaincre la douleur grâce à mes dons !
- Ne le touches pas, crache Maïfa en le giflant.
- Laisse-le. Il sait qu'il n'a désormais plus rien à perdre. Si tu veux nous aider, alors fais le vite car il s'épuise à crier comme cela !
- S'il lui arrive quelque chose, je t'en Tiens pour personnellement responsable et c'est avec ce coutelas que je te trancherais la gorge ! Siffle-t-elle.
Piotr, sur un signe de ma part, le libère alors. Il s'approche du blessé, pose ses mains sur les tempes d'Abrial et ferme les yeux. Notre ami se détend alors et lui adresse un regard reconnaissant.
Enfin, je peux continuer l'opération. Elle dure deux heures. Ça y est ! J'ai réussi. Je m'effondre alors, complètement épuisée et sombre dans un sommeil sans fond.
Quand je me réveille, tout est calme autour de moi. Piotr m'a porté sur son lit. Je me lève et descends voir Abrial. Mes amis lui ont fait un bandage et il repose paisiblement. Thausus a été rattaché sur sa chaise et il dort la tête lourdement appuyée sur sa poitrine.
Maïfa est couchée au pied du lit d'Abrial et ses beaux yeux fermés me laissent penser qu'elle a du s'endormir d'épuisement. Qu'en à Piotr, il demeure invisible.
Je sors et me dirige vers la plage. La mer est belle. Je me dévêts et prends un bain qui me libère totalement de ma fatigue. Je suis en train de nager, quand soudain quelqu'un me tire par les pieds et me fait couler. Et je me retrouve dans les bras de Piotr, crachant et riant tout à la fois. Ainsi nous avions eu la même idée !
- Je me ressource au contact de la mer, me dit Piotr tout en m'embrassant. L'amour que j'ai pour toi est si grand qu'il m'avait fait oublier ma première maîtresse. Mais maintenant que je vous ai toutes les deux, je me rends compte qu'elle m'avait terriblement manqué inconsciemment pendant tout ce temps !
Nous sortons de l'eau et nous allongeons sur le sable. Il me prend dans ses bras et commence à me caresser. Nos deux corps s'unissent mais je sens qu'il est loin de moi. Quand nous retombons dans la réalité, repus, il me dit :
- Je vais prendre un des bateaux du village et aller quelques jours pêcher en mer. J'ai besoin de me retrouver seul après ces mois de captivité et surtout après le geste de Maïfa.
Mon Dieu ! J'avais presque oublié l'attaque de Moon.
- Mon Chéri, va. Mais surtout ne m'oublies pas et reviens-moi. Ma vie sans toi n'aurait plus aucun sens.
Je remets mes vêtements, le cur lourd, et reprend le chemin du village, la tête basse. Piotr me rattrape en courant :
- Mina, mon amour, comment pourrais-je t'oublier ! Toi qui m'apportes tant de bonheur. Mais tu dois comprendre qu'un homme a de temps en temps besoin de s'isoler pour réfléchir. Et puis, ne sois pas jalouse de la mer. Elle est la source de la vie, de ma vie. Elle a toujours participé à mes joies, à mes peines. Elle ne m'a jamais trahie. Elle est là, éternelle, indifférente aux haines et aux passions des hommes. En fait, elle fait partie de moi, comme je fais partie d'elle. Je peux rester des heures à la contempler, elle est tellement changeante, je ne m'ennuie jamais et quand je suis sur un bateau, le vent, son mari, me guide...
- Stop, Piotr. Arrête ! N'en rajoute pas. Je sais tout ça. Non parce que tu me l'as dit. Mais parce que je le sens. Va. Prépare ton voyage et laisse nous nous occuper d'Abrial. Reviens-moi et n'oublies pas qu'il y a quelqu'un sur la terre qui t'attend ! Ne
laisse pas la mer te prendre à moi. Je t'aime. Va !
Ce long discours, inhabituel chez lui, lui a mis des couleurs aux joues et son regard est enflammé. Comment ne pas être jalouse de cette passion si intense. Allons, balayons ce sentiment de notre cur et essayons de résumer la situation.
Tandis que je marche, mon compagnon redevenu silencieux à mes côtés, je tente de faire mentalement le point.
- Premièrement, Abrial est gravement blessé et nous ne savons pas s'il survivra à sa blessure. Deuxièmement, nous avons un prisonnier à surveiller étroitement du fait de son don de télépathie. Troisièmement, Maïfa a détruit Tijon et il va falloir retourner sur l'île de Moon pour constater l'ampleur des dégâts. Quatrièmement, Piotr nous lâche à un bien mauvais moment. Cinquièmement, Quelle est l'urgence ?
En pénétrant dans la maison de Piotr, nous constatons que tout le monde est réveillé. Piotr annonce son départ imminent en mer et je vois Maïfa blanchir.
- Il nous faudra donc nous débrouiller seules, ma Reine. Mais je pense que vous en avez déjà discuté ensemble. Aussi, ne ferais-je aucun commentaire. Calmina, viens plutôt voir Abrial ; il s'agite beaucoup et son pansement est imbibé de sang. Il a de la fièvre. Il faut absolument lui trouver des médicaments.
- Il y en a sur Moon, grogne Thausus. Ou du moins, il y en avait !
- Eh, bien il n'y a qu'une chose à faire. Maïfa, tu restes à veiller sur Abrial. Quant à moi, je vais prendre un des avions et emmener Thausus avec moi pour trouver des remèdes à Tijon.
- Calmina, je ne peux pas te laisser partir seule avec lui !
- Piotr, ma décision est prise, alors ne revenons pas là-dessus ! Je vais préparer l'avion, dis-je en tournant les talons. Ah, une dernière chose Piotr, un dernier service avant que tu ne partes. Peux tu m'enchaîner Thausus dans l'avion ? Je serais plus tranquille. A bientôt, compagnons.
DE NOUVEAUX COMPAGNONS
Le survol de l'île arrache des larmes aux yeux de Thausus.
- Calmina ! Je sens des ondes de vie dans les ruines ! Mon peuple n'est pas tout à fait éteint. Il faut les aider ; il faut les sauver ! J'ai un blessé qui compte beaucoup plus à mes yeux que ton peuple. Quand il sera sauf, nous nous occuperons d'eux, mais pas avant.
- Dépêche-toi d'atterrir, vite !
La bulle qui entourait Tijon est maintenant complètement détruite et les décombres de la ville blanche s'amoncellent en un tas de grisaille. J'ai honte de nous, Encore une fois, les humains ont semé la mort et la destruction.
Je me pose sur les ruines du hangar. Tous les Téleps étaient à cet endroit quand Maïfa a déclenché sa petite guerre personnelle.
En ouvrant la porte de la cabine de pilotage, je pousse un cri de consternation : des cadavres s'empilent au milieu des murs écroulés. Quelques gémissements faibles sortent des décombres. Thausus s'agite derrière moi.
- Détache-moi ! Je t'en conjure ! Laisse-moi sauver mes frères ! Donne-moi ta parole de ne rien tenter contre moi et je te libérerais ! Je te le jure sur ma race en train de mourir !
- OK ! Je te laisse libre et m'en vais à l'infirmerie, non sans avoir pris la précaution avant de bloquer les portes de l'avion. On ne sait jamais !
Les bombes ont endommagé les systèmes électriques et climatiques de la ville et plus rien ne fonctionne. Les ascenseurs sont hors d'usage. Il me reste les escaliers. Heureusement, les lumières de secours sont allumés mais leur éclairage est rudimentaire. Je marche aussi vite que je le peux mais je suis désorientée. Ce n'est plus la cité bien ordonnée et bien lisse que je connaissais. Tout y est sens dessus dessous. Maïfa n'y a vraiment pas été de main morte.
J'arrive enfin à destination. Je prends une trousse vide et je la remplis d'antibiotiques, de pansements et d'antidouleur. L'enseignement de la bibliothèque m'a été très utile. Finalement, quoi que l'on fasse, on ne perd jamais tout à fait son temps.
Au moment de sortir, je tombe nez à nez avec un Garle. Déesse ! Je les avais complètement oubliés ceux-là ! Il a un air supérieur qui me déplaît souverainement. Bien sûr, ils ont été sans doute moins touchés que les Téleps ! Aie ! Je connais par expérience leurs réactions quand ils se sentent les plus forts. Celui-ci détale à toute vitesse et j'en fais autant de mon côté en direction opposée. Heureusement, c'est celle du hangar.
A mon arrivée, je trouve Thausus occupé à dégager les corps de ses amis. La plupart sont morts. Quelques uns respirent encore mais peu sont valides. L'espoir est maigre de les sauver. Leur détresse me serre la gorge. Mais que faire ? Sauver Abrial ou aider Thausus ?
A ce moment-là, les Garles tranchent pour moi. Celui que j'avais vu a été cherché les autres et ils sont tous là, autour de nous. L'état dans lequel ils ont laissé les Téleps ne me laisse rien présager de bon. Aucun d'eux n'est venu les secourir. J'ai mon lasernium et je vais essayer de tenter une percée jusqu'à l'avion.
J'attrape alors Thausus par le bras et le pousse en menaçant les Garles de mon arme.
- Ecartez vous ! Laissez nous partir !
Mais Thausus me résiste en gémissant, ne se résignant pas à abandonner son peuple entre leurs mains.
- Allons Thausus. Ton salut est avec moi ! Viens. Regarde les bien tous. Aucun d'eux ne peut être sauvé ! Viens.
Les Garles ont resserré leur cercle menaçant. A cet instant, j'entends un bref aboiement. Molosse ! Il fonce sur les Garles, tous crocs découverts. Mon brave ami ! Ses grondements sourds tiennent en respect nos agresseurs pour le moment. Je sens que ce ne sera que fugitif. Il faut saisir l'occasion au vol. Mais Thausus me lance alors une pensée qui jaillit comme un cri dans mon esprit :
- Calmina ! Je peux en sauver quatre ! Regarde, ils sont là !
Je me retourne alors et découvre en effet trois hommes et une femme qui se relèvent difficilement en s'entraidant.
Ils se dirigent vers l'avion tant bien que mal, épuisés mais aiguillonnés par l'espoir. Thausus les suit. Les Garles sont toujours tenus en respect par Molosse et mon arme. Vite !
Je cours à l'appareil et débloque la porte d'accès. Mes nouveaux compagnons se faufilent à l'intérieur et j'entends une pensée commune dans mon cerveau fatigué.
- Merci.
Molosse, d'un bond colossal, saute dans l'avion et me regarde, attentif.
- Oui, j'arrive mon tout beau.
Je monte à mon tour, pendant que les Garles s'agitent, déconfits. Je décolle alors qu'une pluie battante s'abat sur nous. Un vent fort se lève, faisant tanguer l'avion. J'ai du mal à tenir les commandes.
Thausus me dit alors :
- La station météo a du être touchée. Le climat se dérègle tout seul. Fais attention, Calmina, cela peut devenir dangereux.
Je concentre toute mon attention à maintenir la stabilité de l'appareil. Thausus tend la main vers la manette de tir et avant que je ne réagisse, finit le travail de Maïfa. Mon Dieu ! Quel cataclysme ! Il ne reste maintenant plus rien de la cité de Tijon !
- Je préfère que mes compagnons meurent tout de suite plutôt que lentement sous les tortures des Garles. Et de ceux-ci, il ne doit, pour le coup, plus rester grand chose.
Le rire cruel qui accompagne le discours de Thausus me glace l'échiné. J'ai une pensée triste pour Sanni.
- Cher Roi, nous sommes finalement bien de la même souche. Toi qui prêchais la bestialité des humains !
Je n'achève pas ma phrase car une bourrasque plus forte que les autres fait se cabrer l'avion. A ce moment, nous sommes en train de survoler la mer et je viens d'apercevoir sur mon écran radar, un frêle esquif qui se débat contre l'océan en furie. Piotr ! Non, ce n'est pas possible !
Je fais descendre l'appareil le plus bas possible et essaye de voir si je ne peux pas l'aider d'une façon ou d'une autre. Un des hommes m'adresse alors la parole d'un ton très doux:
- Chère Reine, nous ne recevons pas les ondes cérébrales de ton ami. Nous craignons qu'il n'y ai plus rien à tenter pour lui. Sois forte, comme d'habitude. Nous sommes avec toi et te soutenons dans ton malheur. Crois-moi, nous ne sommes plus tes
ennemis. Considère-nous comme tes alliés. Nos intérêts sont maintenant communs.
Sa tirade a du mal à pénétrer mon cerveau engourdi. Mon amour est mort. C'est tout ce qui m'importe. Thausus me prend les commandes des mains et remonte le nez du zinc en douceur. Je le laisse faire et tandis qu'une partir de moi enregistre la suite des événements, l'autre hurle intérieurement.
Piotr ! Mon visage se convulsé et des sanglots de plus en plus forts m'étouffent. Je nage dans un abîme de douleur. Pourquoi ? Pourquoi ? La mer a gagné. Pas de partage possible pour elle. A moins que ce ne soit l'uvre du vent, jaloux.
Que m'importe maintenant l'avenir de l'humanité, la sauvegarde de la race. Je ne voulais d'enfants que de lui. Et sa semence, maintes fois répandues, n'a jamais donné de fruit.
Déesse, tu abandonnes encore une fois tes enfants ! Et cette fois-ci, mes larmes sont des larmes de rage. Combien de temps nous faudra-t-il expier pour les fautes de l'humanité ?
Thausus me secoue, nous avons atterri. Le vent nous gifle quand nous sortons à l'air libre. J'aide Thausus à accompagner ses compagnons dans la maison de Piotr. Oh ! Que de souvenirs me reviennent alors comme une vague maléfique. La douleur qui m'étreint le cur me coupe en deux et me plie. Thausus me pousse et m'envoie une décharge mentale.
- Oui, tu as raison. L'heure n'est pas à se laisser aller !
Dans mon égarement, j'ai oublié la trousse de secours dans l'avion. J'y retourne après avoir laissé mes compagnons à la porte.
Quand je reviens, j'assiste à un nouveau drame : Maïfa est prête à tuer pour sauver son Abrial. Les Teleps ont beau essayé de la convaincre, rien n'y fait. Son coutelas à la main, elle tourne et feule comme une lionne.
- Où est ma reine ? Qu'en avez vous fait, bande de chiens galeux.
- Je suis là, ma douce !
- Mon Dieu ! Dans quel état es-tu ! Que t'ont-ils fait ! Mais que se passe-t-il Calmina ?
Ce sont là les derniers mots que j'entends. Je sombre dans la douce bienveillance d'une profonde inconscience.
A mon réveil, je suis couchée dans mon lit, ou plutôt celui de Piotr. A ce nom, les souvenirs des derniers événements affluent. Il faut que je descende voir comment Maïfa s'est débrouillée avec les Teleps. Je m'attends à un massacre. Je ravale mon chagrin et accélère le pas. Quand j'arrive dans la pièce à vivre, je suis surprise par le calme qui y règne.
Maïfa a pris la trousse de secours et soigné tous les blessé. Abrial est réveillé et semble avoir repris des forces. Thausus, sans mot dire, me tend un siège et une tasse de café bien fort dont l'odeur me chatouille agréablement les narines.
le m'assieds et mon fidèle Molosse pose sa grosse tête sur mes genoux. Il devins mon chagrin et ses bons yeux me fixent avec amour, semblant vouloir absorber ma mélancolie et ma tristesse. A chaque gorgée de café, je sens mon esprit s'ankyloser.
- Nous avons versé un calmant puissant dans ce café, ainsi chacun de nous à l'esprit plus serein, me chuchote celui qui m'avait déjà parlé dans l'avion.
Je tourne mon regard vers lui et le détaille : un jeune homme brun, les cheveux taillés en brosse. Ses yeux marrons me contemplent avec tendresse.
- Je me nomme Harvey et voici mes compagnons : Zinatra appelée plus souvent Zinou, Pyrame et Houck.
Zinatra, une petite rousse plutôt boulotte avec un charmant nez retroussé, me lance un timide " bonjour, Reine Calmina ! " Puis prenant son souffle:
- Merci de nous avoir sauvé des griffes des Garles. Ma blessure n'est pas très grave mais tout comme mes compagnons, laissés sans soin, nous commencions à souffrir le martyre. Surtout que nous n'osions bouger à cause des Garles. Qui sait ce qu'ils nous
auraient fait subir ! Je suis tellement désolée de ne pas avoir pu te parler pendant ta captivité à Tijon, mais les ordres de Thausus vous concernant étaient très stricts : pas de contact autre que visuel !
- Assez, tu assommes la Reine avec ton verbiage de pie ! Pardonne lui, c'est une incorrigible bavarde !
Celui qui a parlé est le dénommé Pyrame, grand gaillard qui me fait un peu penser à Abrial.
Houck, à ce moment prend à son tour la parole :
- Ma reine, nous déposons nos maigres vies à tes pieds et que le grand Thaur te protège, toi et ta descendance !
Allons bon, pensais-je, je crois que nous n'allons pas nous ennuyer avec ces quatre gaillards !
Le petit nez de Zinou se retrousse et elle se met à glousser tandis que ces compagnons la fusillent du regard.
- Grande Déesse ! J'avais oublié que vous saviez lire dans nos pensées ! Je redeviens alors sérieuse et leur ordonne :
- Je veux bien de vous dans notre quête mais il y a une chose que vous devez nous promettre avant tout : ne lisez plus jamais dans nos pensées sauf en cas de danger ou d'action immédiate ou... d'amour ! Vous devez nous le promettre solennellement.
A ces mots, tous les cinq (Thausus aussi, à mon grand étonnement) viennent et se mettent à genoux face à nous.
- Nous vous le promettons et que soit bannis du groupe celui ou celle qui ne tienne parole !
- Je vous crois et c'est vous même qui venez de prononcer la sentence à qui me désobéira. Nous formons une petite communauté maintenant. Voyons : Abrial le forgeron, Maïfa l'amazone, Thausus ex-Roi, Zinatra, Harvey, Pyrame, Houck, n'oublions pas Molosse et moi-même. Tous blessés, soit physiquement, soit moralement. Je ne veux aucune discorde entre nous. Je pense que nous sommes suffisamment intelligents pour régler nos petits différents (s'il y en a) sagement. Trop de souffrance et de morts sont dans nos esprits. N'en rajoutons pas. Serrons-nous les coudes et pensons surtout à l'avenir !
- Merci pour tes paroles clémentes et pleines de sagesse, Reine Calmina.
Je détaille Houck qui vient de prendre la parole : Petit, plutôt chétif même, avec des drôles de lunettes rondes qui descendent sans arrêt de son nez aquilin et qu'il remonte constamment l'air vif et curieux.
- Mes amis, puisque amis nous sommes à partir de cet instant, je vais vous demander une faveur. S'il vous plaît, ne m'appelez plus Reine. Considérez-moi comme un guide mais pas comme une reine. Du moins, tant que nous n'aurons pas de royaume et de peuple. Je serais Calmina, simplement pour vous !
Zinou me tend sa main bandée :
- Reine... Pardon Calmina, tu es bonne et bienveillante. Comme je t'envie après toutes les épreuves que tu viens de traverser, d'être aussi sereine. A ta place, je crèverai de rage contre l'humanité tout entière et je...
- Assez Zinou, lui coupe Pyrame, ton babillage fatigue notre reine : laisse-la reprendre ses esprits tranquillement !
Je serre alors doucement cette main tendue et je la prends comme elle me l'offre : une amitié sincère se dessine.
Cette petite me réchauffe le cur avec sa spontanéité et son bavardage. Je sens une onde de sympathie m'envahir. Quel drôle de petit bout de femme ! Je sens que je vais beaucoup me plaire en sa compagnie.
- Le soir tombe et la tempête n'a pas l'air de se calmer ! Je crois qu'il va nous falloir attendre ici quelques jours, Calmina. Il faut nous organiser si nous voulons vivre en bonne intelligence ensemble. Commençons par dîner et faire le point quant aux blessés.
- Tu as raison, Maïfa ! Abrial, mon ami, comment te sens-tu ?
- Je ne te remercierai jamais assez de m'avoir sauvé Calmina. Dire qu'un jour je t'ai craché dessus. Pourras-tu jamais me le pardonner ?
Alors, sans raison aucune, mes larmes jaillissent.
- Excusez-moi, je ne vais pas dîner avec vous, ce soir. Je vais aller me reposer. Bonne nuit à vous tous !
Mon chagrin m'étouffe et mes paroles sont saccadées. Le calmant m'anéantit et je monte en courant les escaliers pour me jeter dans les bras réconfortants de Morphée et essayer d'y oublier mon amour perdu en mer.
SAUVETAGE
La nuit qui suit est ravagée par des cauchemars atroces où je vois Piotr accroché à un récif, harassé, m'appelant au secours. Je me tourne et me retourne en tout sens, épuisée. Se pourrait-il qu'il soit encore vivant malgré les dires des Teleps ? Je sens un espoir fou m'envahir dans mon sommeil agité.
Au petit jour, je me lève, le cur gonflé de joie. Oui, il est vivant ! J'en suis sure maintenant. Un amour comme le notre ne peut pas mourir bêtement dans une tempête. Il est là, quelque part, m'attendant. Il le faut et je le veux !
Je descends et tout est calme, si calme ! Le ciel s'est éclairci et malgré un vent encore violent, je crois pouvoir voler sans trop de danger. Je me glisse hors de la maison endormie et me dirige vers les avions.
L'air frais du petit matin me revigore. Je me sens débordée de vie. Il le faut ! Il le faut ! Il faut qu'il soit vivant ! Le vent s'engouffre dans mes cheveux, me fouettant le visage.
Quand je décolle, le soleil jette ses feux flamboyants sur la mer, gonflant mon cur d'un espoir insensé. Je me fie à mon instinct. La dernière fois que j'ai vu son bateau, c'était entre le continent et Moon. L'esquif a du sûrement dériver depuis. Je ferme les yeux. Mon cur seul me guide. Je penche le manche et l'engin fait une embardée. Je vais suivre la route du soleil levant, la route de l'espoir et du renouveau.
Et soudain, après une demi-heure de vol, j'aperçois un mât avec quelque chose, non plutôt quelqu'un accroché après. Déesse, se pourrait-il ? Non, oui, c'est lui ! Mon amour, Tiens bon, j'arrive ! Je mets le pilotage automatique pour que l'avion puisse tourner en rond. Je descends, un filin accroché à l'engin et je tente l'impossible dans le vent : A Dieu va ! J'ouvre le cockpit et je me laisse glisser le long de la corde et attend le moment favorable où l'avion arrivera à la verticale du mât flottant. Mais oui, c'est bien lui ! J'essaye de l'attraper mais il est inconscient. Piotr, réveille-toi ! Fais un effort, je t'en supplie ! Mais l'avion s'éloigne. Je m'accroche, attendant le prochain passage. Alors me viens une idée : Je vais accrocher Piotr au cordage. Je me prépare et au moment propice, je me hâte de l'arrimer grâce au harnais fixé au bout du filin. Opération réussie ! Je remonte épuisée, aux commandes de l'avion et débranche le pilotage automatique. Va-t-il s'apercevoir que je suis en train d'essayer de le sauver ? La sueur me coule entre les seins et des gouttelettes naissent sur mon front. Vite, rentrer le plus rapidement possible ! Accroche-toi, mon Amour ! J'élève le filin et parviens à rentrer Piotr dans la cabine. Le retour me semble interminable. Mais que vois-je en me posant ? Mes compagnons qui sont tous là, sans doute réveillés par les moteurs de l'avion qui décollait. Ils me font des grands signes et j'entends la voix de mes amis Teleps dans ma tête qui m'encouragent car ils sentent ma faiblesse. J'atterris et quand je coupe les moteurs, mes amis sont autour de l'appareil et dégagent Piotr de son harnais. Ils le posent alors délicatement sur le sol. Je suis si impatiente de le sentir contre moi, de voir enfin s'il est vivant !
Mais, quand je descends de l'appareil, mes jambes se dérobent sous moi. Houck se précipite alors, me tendant ses bras secourables, lui d'apparence si chétive, et il me soutient avec énergie. L'angoisse qui étreint mon cur est insupportable. Vit-il, oui ou non ?
Je ferme les yeux, un vertige passager me saisit.
- Allons, courage, Calmina, me fustige Houck dans le vent.
Piotr est là, étendu, inerte et pâle comme un mort. Son crâne est ouvert et ses cheveux sont plaqués sur son visage. Mes compagnons font cercle autour de lui et nul n'ose plus s'en approcher avant que je n'intervienne. Je m'agenouille, adresse une dernière prière à la grande Déesse et écarte ses cheveux. Il se met alors à gémir. Je cherche son pouls : il est très faible. Cette lutte contre les éléments a du l'épuiser. Il entrouvre ses beaux yeux, m'aperçoit et tente un pauvre sourire crispé. Sa bouche s'ouvre. Je lui pose la main dessus.
- Ne parle pas, amour. Tout va bien aller, maintenant ! Nous nous occupons de tout. Tu es sauvé !
Et je dépose un baiser furtif sur ses lèvres froides et craquelées par la soif et le sel.
- Vite, portons-le à la maison. Et donnons lui en premier de l'eau. Il lui faut des couvertures, il est glacé.
Les hommes se chargent de le porter. Je regarde alors ce spectacle qui me brise le cur. Peu d'entre nous sont valide. Quelle misère ! Et c'est avec ceux-là que je veux reconstruire un monde nouveau et idéal ? Quelle dérision ! Je suis le cortège, toujours soutenue par Houck, jusqu'au havre qu'est cette maison dans la tempête ennivrante.
A SUIVRE .....
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